Assaut antiterroriste à Saint-Denis, visant Abaaoud

Un assaut policier de grande ampleur a été lancé vers 4h30, ce mercredi matin, dans la banlieue nord-parisienne de Saint-Denis (photo). D’après la justice française, l’action avait pour cible le Belge Abdelhamid Abaaoud (27 ans), qui est soupçonné d’être l’organisateur des attentats de vendredi soir qui ont fait 129 morts et 352 blessés au centre de Paris. Il aurait également été le cerveau des attaques déjouées à Verviers en janvier dernier. En début d’assaut, une femme s’est fait exploser. Une autre personne est décédée. Plusieurs policiers ont été blessés, alors que sept personnes ont été arrêtées, dont trois étaient dans l’appartement encerclé par les forces de l’ordre françaises. L'assaut apris fin vers midi.

L'opération antiterroriste a débuté vers 4h30 au centre piétonnier de Saint-Denis, une ville populaire à forte population immigrée de la périphérie nord de Paris, à moins d'un kilomètre du Stade de France, visé par l'un des attentats du 13 décembre - qui ont fait 129 morts et 352 blessés et ont été revendiqués par l'Etat islamique (EI).

Une femme kamikaze "a activé son gilet explosif au début de l'assaut" vers 4h20, selon le procureur de Paris, François Molins, en charge de l'enquête. La mort d’une femme kamikaze est une première en France.

Un homme, propriétaire ou locataire de l'appartement visé par les policiers d'élite, figure parmi les personnes interpellées. "Un ami m'a demandé d'héberger deux de ses potes pour quelques jours", a-t-il raconté à l'AFP, quelques instant avant d'être menotté. "On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service, je n'étais pas au courant que c'était des terroristes", s'est justifié cet homme, tandis qu'une de ses amies expliquait qu'il s'agissait "d'une sorte de squat". Selon elle, les deux visiteurs sont arrivés "il y a deux jours".

Au moins cinq policiers ont été blessés dans l'opération de Saint-Denis, qui avait pour cible l'organisateur présumé des attentats les plus meurtriers de l'histoire de France, le djihadiste Abdelhamid Abaaoud (photo). Cet homme de 27 ans, ancien petit délinquant ayant grandi à Bruxelles, était parti combattre en Syrie au courant de 2013 aux côtés des djihadistes de l'EI, dont il l'est devenu l'un des visages de la propagande sous le nom d'"Abou Omar al-Baljiki".

Il est aussi le commanditaire présumé d'attentats projetés en Belgique par une cellule djihadiste, attentats pour lesquels il aurait fait un aller-retour en Europe depuis la Syrie, se jouant des services de sécurité.

Deux morts et sept arrestations

Pendant plus de trois heures, des explosions et rafales d'armes automatiques ont retenti à intervalles réguliers dans le centre historique et piétonnier de Saint-Denis, près de la basilique des rois de France. L'armée a été déployée et les habitants ont reçu l'ordre de rester confinés chez eux.

Vers midi, l'assaut a pris fin. Deux personnes sont décédées, "dont une femme par explosifs", a confirmé le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, arrivé sur les lieux peu après midi. Au total, 110 agents du Raid et de la BRI sont intervenus, essuyant un feu nourri pendant de nombreuses heures dans des conditions inédites, a souligné le ministre.

L'assaut est terminé, mais des examens menés par la police scientifique doivent encore avoir lieu. Le procureur de la République de Paris, François Molins, a ajouté que l'opération déclenchée durant la nuit avait été décidée à la suite de l'enquête de téléphonie et d'une surveillance "laissant à penser qu'Abdelhamid Abaaoud, le commanditaire présumé des attentats, se trouvait dans un appartement conspiratif" à Saint-Denis.

Outre la femme ayant déclenché sa ceinture d'explosifs, un autre terroriste est décédé après avoir été atteint par des projectiles dans l'opération. Sept personnes ont été interpellées: trois dans l'appartement, deux cachées dans les gravats et deux autres, à savoir la personne qui a fourni le logement et l'une de ses connaissances. L'identification de ces personnes est en cours.

Scénario des attaques de vendredi

En cinq jours d'enquête, les policiers sont parvenus à remonter la piste des sept kamikazes - dont l'opération suicide était là aussi une dramatique première en France - et établir le scénario des attaques.

Trois équipes coordonnées composées de neuf hommes au total et non huit, comme envisagé jusqu'à présent: trois kamikazes aux abords du Stade de France, trois autres dans la salle de spectacles du Bataclan (photo) et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants.

Quatre d'entre eux ont été identifiés et sont Français, dont au moins trois ont combattu en Syrie dans les rangs des djihadistes. Un kamikaze du Stade de France reste à identifier: l'homme est passé par la Grèce cet automne et on a retrouvé près de son cadavre un passeport syrien à l'authenticité douteuse.

L'un des membres du commando, Salah Abdeslam, 26 ans, dont le frère Brahim Abdeslam s'est fait exploser, est toujours en fuite et activement recherché, notamment en Belgique. Deux complices présumés ont été arrêtés samedi à Molenbeek. Inculpés par la justice belge pour "attentat terroriste", les deux hommes de 20 et 27 ans, sont soupçonnés d'avoir exfiltré Salah Abdeslam en Belgique après les tueries.