La police confond l’écrivain AlDe’emeh avec un terroriste

Le chercheur, écrivain et spécialiste de la radicalisation islamique Montasser AlDe’emeh (photo) a introduit à Molenbeek une plainte à l’encontre des policiers qui l’ont contrôlé à Bruxelles mardi. Les agents l’ont pris pour un suspect et se sont montrés très agressifs. La police de Molenbeek étudie le dossier.

Montasser AlDe'emeh, qui est connu surtout en Flandre pour ses recherches sur le phénomène de la radicalisation de jeunes musulmans, était à Bruxelles mardi pour une conférence à la Commission Affaires intérieures au Parlement. D'après lui, il a été abordé dans le quartier Anspach par des agents qui lui ont demandé ses papiers.

"J'ai montré mes papiers, mais ils m'ont alors demandé quelle langue je parle. Je leur ai répondu que je parle le néerlandais, le français, l'anglais et l'arabe. Un policier a répondu: ‘Ici on ne parle pas arabe'. Il était très agressif."

Il a également subi un contrôle plus approfondi. "J'ai été fouillé, on m'a poussé contre ma voiture avec les bras écartés, et j'ai dû donner le code de mon GSM. J'ai refusé, et un agent s'est emparé de mon téléphone pour en retirer la carte SIM. Je suis en état de choc".

Comme explication pour leur comportement, les agents auraient déclaré que l’auteur ressemblait à un terroriste recherché.

Montasser AlDe'emeh (photo) précisait - dans l’émission "De afspraak" de la VRT - qu'il s'est rendu ensuite au commissariat de Molenbeek pour introduire une plainte contre les policiers bruxellois. "Une enquête a été ouverte. J'exige des excuses de la part de cet agent. La police doit faire son travail, mais cette manière de faire me dérange."

AlDe’emeh estime que pareille attitude de la police risque de favoriser davantage une radicalisation de jeunes musulmans.

Pris entre deux feux

Le chef de la police de Bruxelles, Guido Van Wymersch, a réagi à l’incident en affirmant que ses hommes avaient bien agi parce que la voiture d’AlDe’emeh faisait l’objet d’un signalement interne à la police, après avoir été remarquée près de certains postes de police et militaires. "On a filmé ces postes de sécurité depuis la voiture", déclarait Van Wymersch.

Montasser AlDe’emeh explique qu’il a été en route pendant plusieurs jours avec des journalistes, notamment de la VRT, et qu’ils ont effectivement filmé des postes de contrôle. Mais il n’accepte pas l’attitude des policiers à son égard. "Je me sens brun, comme un macaque. Si l’on me traite moi comme çà, comment traite-t-on d’autres jeunes ?".

L’écrivain estime que la police cherche à l’intimider. Et il se sent pris entre deux feux. "Depuis deux ans, j’accompagne des jeunes qui risquent de se radicaliser, de façon tout à fait bénévole. J’ai reçu des menaces de mort de l’Etat Islamique. La Sûreté de l’Etat le sait. Une de mes conférences a dû être annulée récemment parce que j’avais été menacé. D’un côté, l’EI me menace, et de l’autre la police veut m’intimider", précisait encore l’auteur sur le site Knack.be.