Feu vert flamand pour le méga-centre commercial Uplace

Le gouvernement flamand a définitivement validé mercredi soir le plan régional d'aménagement du territoire (GRUP), qui va devoir régir les infrastructures du futur méga-centre commercial polémique Uplace, situé à Machelen (Brabant flamand). Des conditions strictes en matière de mobilité ont cependant été ajoutées. Du côté de l'opposition mais aussi du CD&V et d'Unizo les critiques ne manquent pas.

Le GRUP n'entrera pas directement en vigueur. Si aucune garantie quant à la gare RER et à la connexion par bus n'intervient d'ici fin 2017, le plan d'aménagement tombera à l'eau.

En février 2015, le gouvernement flamand avait décidé dans un premier plan d'aménagement du territoire de réduire d'un tiers la superficie réservée aux petits commerces sur le site afin de parer aux problèmes de mobilité et de qualité de vie dans les environs du projet. La superficie totale du complexe Uplace n'avait en revanche pas été modifiée. Au total, 55.000 mètres carrés étaient destinés aux commerces, loisirs et hôtels.

Une enquête publique était intervenue après cette première décision. Pas moins de 73 recours avaient ainsi été déposés. C'est notamment à la suite de ces griefs que le plan a été aujourd'hui adapté.

Le plan d'aménagement de Uplace même n'ont connu que peu de changements dans cette nouvelle mouture. Elle contient néanmoins de nouvelles dispositions plus strictes sur le plan de la mobilité. Le permis de bâtir pour une gare RER devra ainsi être délivré d'ici fin 2017. A la même échéance, la société de transports en commun De Lijn aura à se prononcer quant à la mise en place de lignes de bus vers Brussels Airport et la gare de Vilvorde. Si ces deux conditions ne sont pas remplies, le plan d'aménagement n'entrera pas en vigueur, compromettant la construction du complexe.

Le plan d'aménagement du territoire doit maintenant atterrir sur la table du Conseil d'Etat.

Geert Bourgeois invoque la cohérence

Le gouvernement flamand a cherché avant tout la sécurité juridique et la crédibilité, a affirmé jeudi le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA).

Selon lui, la Région flamande se doit d'être cohérente dans ce dossier. Le gouvernement Peeters I, dont la N-VA ne faisait pas partie, a conclu une convention avec Uplace.

"Ce n'est pas mon dossier. Ce dossier est en cours depuis des années. Je n'esquive pas mes responsabilités et je ne suis pas pour ou contre Uplace. Je dis seulement qu'une convention a été conclue, y compris par le SP.A qui était à l'époque le grand partisan. Essayons d'être un peu crédibles", a-t-il déclaré sur les ondes de Radio 1 (VRT).

Parmi les mandataires qui se sont montrés le plus critique figure le bourgmestre de Vilvorde, Hans Bonte (SP.A), qui a dénoncé un "exercice de chantage" du gouvernement flamand et dit craindre la mise à néant du développement du centre de sa commune auquel il oeuvre depuis 15 ans.

"Il ne dit rien des effets positifs pour sa ville, des 3.000 personnes qui trouveront un emploi. C'est un projet qui créera de l'emploi pour les peu qualifiés", a souligné Geert Bourgeois.
 

Critiques de l’opposition, du CD&V et d’Unizo

L'opposition socialiste et écologiste tire à boulets rouges sur la décision, tandis que le patronat flamand la salue.

Le SP.A fustige une décision constituant "un désastre pour la mobilité autour de Bruxelles". "Le ring de Bruxelles est déjà saturé. C'est une mauvaise histoire. Il ne s'agit pas d'une bonne décision pour l'avenir, mais bien pour le passé", commente Joris Vandenbroucke, chef de groupe socialiste au Parlement flamand. "Le CD&V et l'Open VLD ont apparemment payé cash leurs attaques contre le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA)", ajoute-t-il en référence au dossier climatique.

Son homologue écologiste ne se montre pas plus tendre. Hermes Sanctorum dénonce une nouvelle étape dans la politique "anti-climat" du gouvernement flamand. L'élu vert ajoute ne pas comprendre que l'exécutif persiste dans un projet dénoncé à la fois par les associations environnementales, des personnalités académiques, des élus de la majorité et de l'opposition et les organisations des indépendants.

Unizo, qui représente les PME et les indépendants, déplore également la décision. "Ce gouvernement manque clairement d'une vision pour l'avenir quant au commerce de détail. L'exécutif renie ses propres engagements en matière de politique commerciale", estime Karel Van Eetvelt, le patron de l'organisation.

Plus étonnant, le CD&V, pourtant parti de la majorité, a également émis des réserves. Le chef de groupe au Parlement flamand Koen Van den Heuvel juge que la décision "poursuit la politique menée dans le passé", ajoutant que les entrepreneurs et les noyaux commerciaux ne doivent pas être "les victimes d'un projet mégalomane". Malgré les conditions strictes en matière de mobilité contenues dans le plan, l'élu démocrate-chrétien formule des inquiétudes sur ce point et sur la qualité de vie autour du site.

La section de Vilvorde du parti démocrate-chrétien est encore plus amère. Le responsable local Peter Van Kemseke condamne une décision "incompréhensible". Le plan tel qu'il a été approuvé est "incompatible avec une politique de mobilité tournée vers l'avenir pour la Flandre et pour Vilvorde". Il aura également un effet délétère sur le petit commerce, dénonce M. Van Kemseke.

Seul son de cloche dissonant, le Voka, qui représente le patronat flamand, se félicite d'entrevoir une chance d'entamer une reconversion des zones industrielles abandonnées de Vilvorde et Machelen. "C'est un levier économique important pour la région", souligne le directeur du Voka Hal-Vilvorde.