Appel à limiter l’influence de l’Arabie sur les mosquées

Un nombre croissant de personnalités politiques, dont le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS), estiment que le bail emphytéotique avec l’Arabie Saoudite de la Grande mosquée du parc du Cinquantenaire à Bruxelles doit être revu. Il avait été alloué par feu le roi Baudouin à la fin des années 1960. Mais selon divers témoins, la mosquée diffuserait un islam très conservateur.
BELGA/WAEM

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (photo) a appelé lundi le gouvernement fédéral à revoir le bail emphytéotique relatif à la Grande mosquée du Cinquantenaire de Bruxelles, avec l'Arabie saoudite. Interrogé dans le quotidien De Morgen au sujet de ce bail et de l'influence de cette mosquée qui diffuse un islam particulièrement conservateur, Vervoort estime qu'"on ne peut pas s'en défaire complètement mais qu'on peut dire: 'Chez nous, c'est fini', il faut arrêter d'importer sans cesse votre islam à Bruxelles".

Egalement interrogé dans le quotidien La Libre Belgique, le ministre-président bruxellois a soulevé le paradoxe qui consiste à voir nombre de corans, de littérature religieuse, d'émissions de télévision, de mosquées et d'imams trouver leur origine en Arabie Saoudite alors qu'il y a très peu de Saoudiens en Belgique. "Ils sont les seuls à avoir de l'argent pour cela. Il y a une manne au service d'un islam particulièrement conservateur totalement opposé à nos valeurs", a commenté Rudi Vervoort.

La N-VA a vu dans ces paroles l'expression d'une "intention louable que nous ne pouvons que saluer". Le député Peter De Roover a appuyé les dires du ministre-président bruxellois en estimant à son tour que "le wahabisme, soutenu par l'argent saoudien", propagé dans certaines mosquées belges, constituait un grand problème. Le député nationaliste a rappelé les annonces du gouvernement fédéral visant à lutter contre les prédicateurs de haine.

"Les conséquences néfastes du financement étranger et de l'influence étrangère des mosquées et sur la formation des imams sont très claires", a dit le député N-VA selon qui "tout contact" avec l'Arabie Saoudite ou les habitants de ce pays - sur les plans commercial notamment - doivent faire l'objet "d'un sérieux screening".

Remise en question depuis le 13 novembre

Les relations de l'Occident, et donc de la Belgique, avec l'Arabie Saoudite sont revenues sur le devant de la scène depuis les attentats de Paris, en raison des liens nébuleux qui unissent certaines sphères du régime wahabite avec le terrorisme islamique. Le ministre de la Justice Koen Geens avait rappelé que la reconnaissance des cultes était la compétence des Régions. Il avait aussi indiqué qu'il cherchait pour le moment une meilleure façon de contrôler le financement extérieur des lieux de culte en Belgique, alors que la Grande mosquée du Cinquantenaire, par exemple, n'a pas introduit de demande de reconnaissance.

Le ministre des Affaires Etrangères, Didier Reynders (MR, photo), a fait savoir à la Chambre qu'il n'entendait pas changer la politique belge, fondée sur le dialogue avec le royaume saoudien. De son côté, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA), a toutefois suspendu une convention fiscale avec l'Arabie.

Au Parlement, il a également été question ces derniers jours d'un important investissement saoudien en négociation au port d'Anvers. L'Arabie Saoudite est un partenaire important de la Belgique. Les missions économiques y sont régulières. La FN de Herstal y vend des armes.

L'influence extérieure amène les autorités à prendre certaines initiatives à l'aune de la montée du radicalisme. Le ministre de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt a annoncé lundi le dépôt prochain devant le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de huit premières mesures devant concourir à l'émergence d'un islam de Belgique, afin de contrer le radicalisme. Ces propositions s'articuleront notamment à travers un important volet en formations.

Rudi Vervoort souligne la nécessité d'assécher le financement étranger de l'islam en Belgique et d'avancer en matière de reconnaissance des mosquées. "Les lois existent. Pourquoi n'y a-t-il que quatorze mosquées reconnues à Bruxelles? Parce que les autres n'en ont pas besoin. L’argent, elles l'ont. Les ministres du culte musulman seraient payés comme ceux des autres religions. Les dispositifs sont là, il faut les activer", indiquait-il.

Un magazine interreligieux pour Bruxelles

La Secrétaire d'Etat bruxelloise à l'Egalité des chances Bianca Debaets (CD&V) a présenté lundi, en collaboration avec les responsables religieux et philosophiques, le magazine "Lueurs" (photo). Diffusé sous l'appellation "Glimp" en néerlandais, le magazine a été imprimé en 100.000 exemplaires et sera entre autres distribué dans les centres pour jeunes, les centres culturels et les bibliothèques à Bruxelles.

"Lueurs" offre un aperçu de neuf religions et croyances. Outre les représentants des Eglises catholique, protestante, anglicane et orthodoxe, le grand rabbin de Bruxelles, le président de l'exécutif des musulmans de Belgique et le vice-président du Centre d'action laïque étaient également présents à l'occasion de la présentation du magazine.

"Le vivre ensemble à Bruxelles, vous l'apprenez non seulement à la maison ou à l'école, mais aussi à l'église, au temple, à la mosquée, à la synagogue, (...) dans les centres culturels et les centres pour jeunes. Avec "Lueurs", nous voulons donner la possibilité à tous les habitants de Bruxelles de mieux connaître les différentes croyances", a déclaré la Secrétaire d'Etat Bianca Debaets.

"Lueurs" vise un public très large, mais souhaite en particulier atteindre les jeunes Bruxellois.