Un pas dans la bonne direction ou une boîte vide?

Le projet d'accord climatique mondial de Paris, qui devrait être adopté samedi soir par 196 pays dans le cadre de la conférence COP21, suscite déjà des réactions d’organisations belges de défense de l’environnement. Elles se montrent en général assez optimistes, mais en estimant que l’accord aurait pu être plus ambitieux encore. Voici quelques-unes de ces réactions.

Lignes de force du projet final d’accord climatique

- Un objectif de limitation de la hausse du mercure mondial "bien en-deçà" de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels et des efforts supplémentaires "pour limiter la hausse de la température à 1,5°C" au-dessus des niveaux de l'ère pré-industrielle

- Des objectifs à long terme visant à atteindre un "pic mondial" dans les émissions de gaz à effet de serre "aussi vite que possible" et à entreprendre dans la foulée des réductions rapides, en accord avec les meilleures connaissances scientifiques disponibles, afin d'atteindre "dans le courant de la seconde moitié du siècle" un équilibre entre émissions d'origine humaine et absorptions par des puits de carbone.

- Un financement climatique post-2020 de la part des pays développés en faveur des pays en voie de développement qui atteint un plancher de 100 milliards de dollars, orienté à la hausse. Il est également prévu que les autres pays "fournissent ou continuent à fournir" un support financier sur base volontaire.

- Les parties à l'accord communiqueront tous les 5 ans leurs objectifs nationaux de réduction de gaz à effet de serre avec une volonté d'augmenter leurs efforts.

- Un cycle de cinq ans de révision des efforts collectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre à partir de 2023, avec toutefois un premier rendez-vous sous la forme d'un "dialogue facilitatif" en 2018.

MIGUEL MEDINA

"Objectif ambitieux mais efforts nationaux faibles"

Les ONG Greenpeace et WWF saluent l'objectif repris dans le projet final d'accord climatique mondial (photo). "Pour la première fois, l'ensemble des pays agiront pour freiner les émissions de gaz à effet de serre", réagit Greenpeace, évoquant une "bonne nouvelle". La mauvaise nouvelle, nuance l'ONG environnementale, c'est que "les plans nationaux en matière de climat - qui doivent transposer l'accord dans la pratique - accusent un retard désespérant".

"D'une part, il y a un objectif ambitieux mais de l'autre, on se trouve confrontés à des plans nationaux faibles qui doivent transposer l'accord de Paris dans la réalité. Avec les plans actuellement sur la table, le réchauffement sera de l'ordre de 3°C", souligne Juliette Boulet, responsable Climat à Greenpeace Belgique. Elle rappelle que pour atteindre l'objectif d'1,5°C, il faut laisser "autant que possible" le charbon, le pétrole et le gaz enfouis dans le sol et passer totalement aux énergies renouvelables au plus tard en 2050.

De son côté, le WWF parle d'un "signal fort" adressé aux gouvernements avec la référence à 1,5°C. Par contre, le fait qu'il n'y ait "pas de garantie d'assistance pour ceux qui souffriront des impacts climatiques immédiats, spécialement les pauvres et les vulnérables" est un gros problème aux yeux de l'association de protection de la vie sauvage. "L'accord contient des éléments qui créent l'opportunité de renforcer avec le temps les actions des gouvernements, en termes d'atténuation, d'adaptation et de financement. C'est essentiel", conclut le WWF.

Pour l'association de coopération au développement CNCD-11.11.11, le texte proposé "est une victoire pour les principes de la Justice climatique" car il évoque l'objectif d'1,5°C et reconnait "les pertes et préjudices climatiques subis par les plus vulnérables." "La mise en œuvre de ces principes reste cependant assez floue, le texte est rempli de formules de compromis parfois ambigües", nuance toutefois le CNCD-11.11.11, qui continuera à se mobiliser "pour assurer la mise en œuvre de l'accord et de ces principes."

Pour Oxfam-Solidarité, il s'agit d'un futur "accord historique" en ce qu'il prévoit pour la première fois l'engagement de tous les pays du monde dans la lutte contre le réchauffement. "Mais cet accord manque de mordant pour s'assurer que l'objectif sera atteint et n'apporte pas de réponse à court terme aux pays qui sont déjà touchés par les conséquences de changements climatiques", regrette toutefois Brigitte Gloire, d'Oxfam Belgique.

MIGUEL MEDINA

"De belles déclarations, une boîte vide"

L'accord climatique est une boîte vide entourée d'un beau ruban: il y a un fossé entre les belles déclarations d'un côté et les engagements et actions de l'autre, a indiqué pour sa part le mouvement belge Climate Express. "On évoque l'ambition de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés et d'œuvrer pour atteindre 1,5 degré, mais il n'y aucun discours concret sur la manière d'y arriver", regrette Nathalie Eggermont, de Climate Express. "Nous espérions que des engagements concrets seraient proposés afin d'arriver à 100% d'énergie renouvelable d'ici 2050. Aujourd'hui, on n'évoque qu'un objectif sur le long terme qui est incompatible avec ce qu'il va se passer dans la réalité."

Selon Climate Express, les engagements et propositions mises sur la table par les Etats aboutissent à une augmentation du réchauffement de 2,7 degrés. "Nous sommes déçus de nos prétendus leaders qui se sont réunis, les vrais leaders ne se trouvent pas au Bourget mais dans la rue à Paris. Nous nous attendions à ce que l'accord soit insuffisant, d'où l'importante mobilisation."

Le mouvement regrette par ailleurs le caractère non contraignant des engagements pris par les Etats au niveau national. "Alors que nous voyons que dans d'autres domaines, comme le commerce, c'est pourtant le cas et qu'il y a même des sanctions prévues. Le climat ne bénéficie décidément pas de la même priorité que les intérêts économiques internationaux."