Des cheminots veulent conduire les étudiants à leurs examens

Alors que le préavis pour 5 jours de grève du rail les 6-7 et 21-23 janvier, lancé la semaine dernière par les syndicats socialistes et chrétiens, soulève des protestations des usagers et notamment des étudiants qui seront en période d’examen, des cheminots proposent depuis vendredi aux étudiants de les amener à leur lieu d’examen s’ils ne peuvent s’y rendre à cause de la grève. Ils ont lancé une page Facebook intitulée "Ma portière t’est ouverte".
Nicolas Maeterlinck

L'offre prend la forme d'un service de co-voiturage. Elle s'adresse aux étudiants qui seraient en examen un des jours de grève, qui n’habitent pas à proximité de leur école supérieure ou université et ne pourraient pas loger chez un ami, et n'ont d'autre moyen de locomotion que le train. Les modalités de transport seront annoncées sur Facebook.

"Parce que nous ne sommes pas les crapules qu'on veut te faire croire que nous sommes!", soulignent les auteurs de cette initiative qui disent ne pas être heureux des tracas occasionnés par leurs actions. "Tu râles parce que tu te sens pris en otage, parce que les médias te persuadent que les cheminots font grève juste pour t'embêter. Mais ce que tu oublies, c'est que nous faisons partie d'un service public, que nous détestons cette situation, que nous défendons notre travail que nous aimons et voulons le meilleur pour nous et nos usagers".

Réunion de conciliation

L'action en est au stade du préavis de grève. Ce lundi aura lieu une réunion de conciliation à la SNCB, avant une commission paritaire mercredi. La situation semble toutefois bloquée depuis mercredi passé, quand les syndicats ont rejeté le projet d'accord présenté par la direction. D’après les représentants des travailleurs, le problème se trouve au gouvernement qui a imposé des économies considérables aux sociétés de chemin de fer.

"Ces discussions ont lieu parce que le gouvernement nous impose trois milliards d'économie", a expliqué la responsable générale de la CSC-Transcom, Marianne Lerouge, à nos confrères de RTL-TVi. La syndicaliste attend du gouvernement fédéral qu'il desserre l'étau budgétaire, une urgence rendue d'autant plus pressante par les engagements de lutte contre le réchauffement climatique pris à l'issue de la COP21.

"Le cadre imposé est tel qu'il ne laisse pas de marge de manœuvre, aussi bien pour la direction que pour les syndicats. Un geste politique facilitera la recherche de solutions", a-t-elle précisé à l’agence Belga.

Jeudi à la Chambre, la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant (photo) a laissé les négociations en cours dans le domaine de la concertation sociale interne à la SNCB. Une posture un peu facile, selon les syndicats, puisque la ministre impose elle-même une "réflexion" sur la flexibilité des horaires de prime, une révision des mécanismes de prime, une refonte des règles d'évaluation, notamment.

"L’avenir de la SNCB est en danger"

Invités ce dimanche midi dans l’émission "De Zevende Dag" de la VRT, les anciens patrons de la SNCB, Etienne Schouppe (photo, à g.) et Marc Descheemaecker (photo, à dr.), se sont dit très déçus de l’attitude des syndicats. Ils estiment en effet que les réformes proposées par la direction des chemins de fer ne vont pas encore assez loin que pour garantir l’avenir de la Société nationale.

Marc Descheemaeker, qui a rejoint en 2014 le parti nationaliste flamand N-VA, a en particulier pointé la responsabilité des syndicalistes francophones dans les tensions qui agitent les chemins de fer. Selon lui, ils sont noyautés par le PTB. "Pour la première fois, il y a un ministre de tutelle qui veut mettre un terme aux abus du passé. C'est un moment historique", a déclaré Descheemaeker à la VRT.

D'après lui, les syndicalistes flamands seraient prêts à participer à une réforme structurelle du rail belge. "La possibilité existe, principalement du côté néerlandophone, que les présidents des syndicats se joignent à cette prise de conscience. Les syndicats doivent peut-être penser à s'adapter à la réalité géographique de ce pays", a-t-il affirmé. "J'ai vraiment des craintes pour l'avenir de tout le groupe de chemin de fer si ces syndicats ne sont pas en mesure de faire ce bond de trente ans", a-t-il ajouté.

A l'entendre, une partie des syndicats est prise en otage par le PTB: "J'estime que chez les syndicats francophones, il y en a un sur deux qui est lié au PTB".

Administrateur-délégué de la SNCB de 1987 à 2002 et ancien Secrétaire d'Etat, Etienne Schouppe (CD&V) estime lui aussi que le rail belge doit se réformer. "Ce que la direction de la SNCB propose aujourd'hui, c'est de mettre un terme aux exagérations du passé et qui sont la conséquence de la structure malheureuse dans laquelle l'entreprise a dû travailler pendant des années".

Ces changements sont vitaux, à ses yeux: "Le chemin de fer subsistera, mais si la SNCB ne change pas, elle n'y sera plus dans dix ans", concluait Schouppe.