Le kamikaze de Saint-Denis était belgo-marocain

Les enquêteurs français ont mis un nom sur un huitième membre des commandos du 13 novembre: le kamikaze qui s'est fait exploser cinq jours après les attentats dans un appartement de Saint-Denis est Chakib Akrouh, un Belgo-Marocain de 25 ans. Il a pu être identifié grâce à des photographies dans le métro parisien et une analyse ADN.

L'identification a été réalisée via une comparaison entre le profil génétique extrait sur le kamikaze qui était mort durant l'assaut policier du 18 novembre en banlieue parisienne et celui de la mère de Chakib Akrouh. Un prélèvement ADN de la mère de l'intéressé a été effectué le 17 décembre 2015 et la comparaison de celui-ci avec les échantillons d'ADN prélevés sur les lieux de l'explosion à Saint-Denis a confirmé qu'il s'agissait bien de Chakib Akrouh, né le 27 août 1990 à Berchem-Sainte-Agathe, et de nationalité belge.

"L'analyse des photographies de la personne aperçue aux côtés d'Abdelhamid Abaaoud dans le métro parisien, le 13 novembre 2015 à 22h14, après les attentats de Paris, a permis aux enquêteurs de la police judiciaire fédérale de faire un rapprochement, le 17 décembre 2015, avec le nommé Chakib Akrouh", a précisé le parquet fédéral.

Dans le logement de Saint-Denis, avaient également trouvé la mort le djihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud, un des organisateurs des attaques qui avaient fait 130 morts, et la cousine de ce dernier, qui leur avait procuré cette planque.

Ancien combattant en Syrie

Chakib Akrouh était radié d'office de la commune de Molenbeek-Saint-Jean depuis le 27 août 2014 et avait été condamné par défaut par le tribunal correctionnel de Bruxelles, le 29 juillet 2015, à un emprisonnement de 5 ans pour avoir participé aux activités d'un groupe terroriste entre le 30 novembre 2012 et le 15 février 2015, indique encore le parquet fédéral. C'est dans le même jugement que le tribunal correctionnel de Bruxelles avait condamné Abdelhamid Abaaoud à un emprisonnement de 20 ans.

Après avoir fréquenté assidûment les filières djihadistes de Khalid Zerkani et de Soufiane Alilou, Chakib Akrouh était parti le 4 janvier 2013 de Zaventem pour la Turquie, après avoir réservé un aller simple pour Istanbul.

L'enquête avait ensuite démontré sa présence en Syrie depuis janvier 2013 où il avait rejoint les rangs de la katiba al-muhajirin, puis l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Membre du "commando des terrasses"

L’ADN de Chakib Akrouh a été retrouvé sur une kalachnikov dans la Seat abandonnée à Montreuil, au nord-est de Paris, après avoir été utilisée par le commando des terrasses, qui a assassiné 39 personnes dans des bars et restaurants parisiens.

Les enquêteurs pensent donc qu'Akrouh est, avec Abaaoud et un autre Bruxellois, Brahim Abdeslam, le troisième membre de ce groupe. Il est aussi sans doute celui qui a été filmé avec Abaaoud dans le métro juste après les attaques, avant de se dissimuler dans un "buisson" en bord d'autoroute à Aubervilliers puis de mourir dans la planque de Saint-Denis. Brahim Abdeslam est, lui, mort en kamikaze au Comptoir Voltaire tandis que son cadet, Salah, dont les enquêteurs pensent qu'il a convoyé les kamikazes du Stade de France, est en fuite.

Les assaillants du Bataclan, qui ont tué 90 personnes, sont trois Français, Samy Amimour, Omar Mostefaï et Foued Mohamed-Aggad, tous trois morts dans la salle de spectacles parisienne. Bilal Hadfi, un Bruxellois, s'est fait exploser près du Stade de France. Les deux autres kamikazes du Stade de France se sont mêlés à l'automne au flot des migrants, utilisant des passeports syriens avec de fausses identités: Ahmad Al-Mohammad et Mohammad Al-Mahmod.

Deux hommes, dont l'identité n'a pas été précisée, sont détenus en Autriche. Ils ont un lien avec Ahmed Dahmani, Belgo-Marocain détenu en Turquie où il était arrivé le lendemain des attentats. Soupçonné d'avoir joué un rôle logistique, Mohamed Abrini, qui évoluait également dans la mouvance islamo-délinquante de Molenbeek, est en fuite.

D’autres liens avec la Belgique doivent encore être établis

De nombreuses questions demeurent. Les enquêteurs cherchent à déterminer qui est, ou sont, le ou les hommes qui étaient, depuis Bruxelles, en contact avec les commandos au soir des attentats, semblant jouer un rôle de coordination. De même, qui est cette personne en possession d'un téléphone portable entré en France vers 19H00 le 13 novembre, avant de traverser la Somme, d'arriver en région parisienne vers 21H00, de "borner" près de différents lieux des attentats, puis dans le XVIIIe arrondissement de Paris et en Seine-Saint-Denis?

Qui se cache derrière les pseudonymes Samir Bouzid et Soufiane Kayal? Des papiers belges à ces noms avaient été présentés lors d'un contrôle routier en Autriche en septembre par deux hommes qui voyageaient avec Salah Abdeslam. Et c'est un homme se présentant comme Bouzid qui avait envoyé un mandat à la cousine d'Abaaoud pour payer la planque de Saint-Denis.