Des bourgmestres sceptiques face au plan canal

Les bourgmestres de Bruxelles et de Saint-Josse ont exprimé des doutes face au plan canal présenté hier par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (NV-A) dans le cadre de la lutte contre la radicalisation dans cette zone de la capitale. Pour le mayeur de Schaerbeek, certaines mesures risquent de prendre beaucoup trop de temps à être mises en place.

Hier, le gouvernement fédéral a annoncé avoir débloqué 39 millions d'euros au service de la police et de la Justice dans le cadre d'un plan d'action "contre la radicalisation, l'extrémisme violent et le terrorisme dans la zone du canal", qui comprend sept communes bruxelloises, le territoire de Laeken, St-Gilles, Anderlecht, Molenbeek, Koekelberg, St-Josse et Schaerbeek, ainsi que Vilvorde en périphérie.

Quelque 1.000 policiers fédéraux supplémentaires devraient en outre être engagés d’ici 2019, dont 300 en 2016 et 500 en 2017. Face à l’annonce de ces mesures, certains bourgmestres ont d’ores et déjà exprimé leur scepticisme.

"On va louper la cible radicalisme"

Au stade actuel du plan canal, on reste encore dans le flou sur de nombreux points et le choix qui a été fait consiste à ratisser trop large, au risque de manquer l'objectif principal, à savoir la lutte contre le phénomène du radicalisme, a déclaré le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS).

Pour lui, contrairement à ce qui a été véhiculé, le niveau de pouvoir local a jusqu'ici effectué du bon travail, à l'image de la cellule radicalisme de la Ville, mais il manque de moyens, et ceux-ci ne sont pas près d'arriver.

"Pour le moment, le vaste plan canal qui a été promis se résume à un plan Molenbeek-Koekelberg-Vilvorde, soit deux communes dirigées par le MR à Bruxelles et une commune flamande. Nous n'en verrons rien avant 6 mois, et il n'y a donc aucun renfort d'effectifs à attendre avant un an", a indiqué Yvan Mayeur.

Pour le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, la réunion entre le gouvernement et les bourgmestres des communes concernées a permis à ceux-ci de l'expliquer, ce qui tend à démontrer que l'on s'inscrit dans une dynamique de travail, mais certainement pas encore de travail abouti. "Il y a donc des choses bonnes à prendre, mais beaucoup d'autres ne sont ni claires ni concrètes, a-t-il dit.

"Il faudrait un plan national"

"Le plan canal ne semble pas reposer sur une évaluation de ce qui a été fait jusqu'à présent. Il aurait dû avoir une portée à l'échelle du pays", a pour sa part jugé vendredi Emir Kir (PS), bourgmestre de la commune bruxelloise de Saint-Josse-ten -Noode.

"Ce plan Jambon-Michel m'interpelle car il concentre le débat sur l'entité bruxelloise. Je ne comprends pas pourquoi on n'établit pas un plan national", a commenté le bourgmestre de Saint-Josse.

Comme le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Emir Kir a déploré que le plan s'attarde, dans l'immédiat, aux seules trois communes de Molenbeek, Koekelberg et Vilvorde, car pour le reste, "c'est peanuts", a-t-il ajouté, insistant sur le fait que les recrutements policiers promis ne pourront pas être effectifs avant 12 à 18 mois.

M. Kir a, par ailleurs, dit n'avoir perçu dans le plan sur la table, ni de traces d'une évaluation de ce qui a été fait, ni d'une focalisation sur le radicalisme lui-même.

"Aucune garantie quant à l’arrivée rapide de policiers"

Le plan canal qui prévoit notamment un renforcement des effectifs policiers dans plusieurs communes de Bruxelles et à Vilvorde part d'une bonne intention dans le renforcement des effectifs au parquet, à la police fédérale et dans les zones de police concernées, mais au stade actuel, rien ne garantit l'arrivée rapide des effectifs policiers, a indiqué vendredi Bernard Clerfayt (MR), bourgmestre de Schaerbeek, commune concernée par ledit plan.

"Nous avons appris qu'il y aurait un détachement structurel de 300 policiers... C'est fort bien. Mais on nous a dit que cela se ferait en deux étapes. Les premières communes concernées sont celles de Molenbeek, qui soit dit en passant ne fonctionne pas seule mais dans une zone de police avec d'autres communes, et de Vilvorde", a commenté Bernard Clerfayt. "Qui plus est, il faut rappeler qu'engager des policiers prend du temps, 18 mois. Pourquoi ne pas avoir décidé de faire comme à Anvers, en procédant directement à des engagements", a-t-il demandé.

Pour le bourgmestre de Schaerbeek, tout n'est par ailleurs pas encore réglé dans le détail. Il importe de s'assurer que la police fédérale assure bel et bien le suivi des "returnees" et que le suivi de mosquées par la Sûreté de l'Etat soit réellement concentré sur celles qui sont jugées dangereuses.

Au stade actuel, il n'y a pas de renforcement en vue pour les administrations locales qui auront une charge de travail supplémentaire liée aux vérifications que l'on attend d'elles, par exemple dans le domaine de l'urbanisme, a-t-il ajouté.