Boycott des élections sociales: Peeters envoie des inspecteurs

La société de ressources humaines Accent Jobs appelle ses travailleurs à ne pas participer aux élections sociales. Si l'entreprise ne doit pas organiser d'élections sociales ni mettre en place de conseil d'entreprise, chaque travailleur se verra octroyer un jour de congé supplémentaire et un smartphone. Le ministre de l'Emploi Kris Peeters a vivement critiqué cette pratique et a donné l’ordre à ses services d’envoyer l’inspection du travail pour mener une enquête.
Aurore Belot

Accent Jobs compte un réseau de quelque 260 agences d'intérim en Belgique et emploie environ 1.500 personnes. En principe, toute entreprise de plus de 50 travailleurs doit organiser, tous les quatre ans, des élections sociales. Mais si aucun candidat ne se présente, l'entreprise ne sera pas en mesure de mettre en place un conseil d'entreprise.

Le syndicat socialiste est furieux à l'égard de cet appel au boycott et le syndicat chrétien désapprouve également cette pratique. "Il y a plus de 6.000 entreprises qui doivent organiser des élections sociales et lors de chaque scrutin nous constatons des cas similaires" déclare Herman Fonck, chef du service Entreprise de l’ACV.

"Accent fait tout pour saboter les élections sociales en promettant un gsm et des jours de congé si personne ne se porte candidat pour les élections et en organisant le scrutin un samedi pour obliger le personnel à venir spécialement au bureau. De leurs 570 travailleurs, 240 ont reçu une fonction de cadre afin de ne pas pouvoir voter ni de se présenter comme candidat".

Selon la chaîne privée flamande VTM qui révèle l’information l'appel au boycott d'Accent Jobs est surprenant mais pas illégal.

Pour Herman Fonck, avec cette attitude Accent Jobs viole bien la loi. "Cela va à l’encontre des accords internationaux du travail qui ont été approuvés par notre pays, ceux-ci stipulent que les employeurs ne peuvent pas se mêler de manière active du fonctionnement du syndicat et vice-versa".

"Inspection"

Le ministre de l'Emploi Kris Peeters ne voit pas non plus la chose d'un bon œil. "Ce genre de pratiques ne va pas, c’est contraire à l’esprit de la loi et cela va à l’encontre d’une série d’accords internationaux", estime le ministre, qui évoque l'envoi d'inspecteurs de l'administration.

"J’ai donné l’ordre à l’inspection économique de vérifier ce que l’entreprise a exactement promis à ses employés afin d’éviter les élections sociales. Cela va à l’encontre du droit démocratique d’organiser des élections sociales" a déclaré le ministre.
 

"La pratique fait penser aux régimes autoritaires" (SP.A)

"Cela fait penser aux régimes autoritaires en vigueur dans certains pays, où les candidats et les électeurs sont mis sous pression par le biais de la corruption et du chantage pour saboter les élections", a réagi mardi la parlementaire Meryame Kitir (SP.A) à l'appel de la société de ressources humaines Accent Jobs de ne pas participer aux élections sociales. Le parti d'opposition va introduire une proposition pour sanctionner plus facilement cette forme de sabotage.

"Les droits des travailleurs jetés aux oubliettes au profit de l'entreprise. C'est moralement répréhensible", a estimé, furieuse, la parlementaire Meryame Kitir, ajoutant qu'Accent Jobs avait été élu douze fois meilleur employeur de l'année. Selon elle, l'appel au boycott est un sabotage implicite du droit fondamental au dialogue social dans les sociétés.

"Toutes les procédures légales sont bien respectées" (direction)

"Toutes les procédures légales concernant les élections sociales sont bien respectées et suivies. Chaque collaborateur a la possibilité de se présenter comme candidat et/ou de voter pour un candidat" aux prochaines élections sociales, a réagi mardi Accent Jobs.

"Le jour des élections est officiellement fixé au 21 mai 2016, mais se déroulera en pratique le dernier jour ouvrable de cette semaine-là, soit le vendredi 20 mai 2016", précise encore l'entreprise qui assure qu'elle accueillera "avec confiance" un contrôle éventuel de l'inspection sociale du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale.