Selon son ex-fiancée, Abdeslam a été influencé par Abaaoud

La jeune femme de 24 ans, qui était la fiancée de Salah Abdeslam avant les attentats de Paris - dont il reste l’un des principaux suspects, toujours en fuite -, a accordé une interview sous le pseudonyme de Wardah au magazine flamand Knack. Elle y décrit notamment comment Salah Abdeslam (photo) aurait changé au contact avec Abdelhamid Abaaoud. Elle a accepté de parler, une seule fois, aux médias "parce que je ne suis pas d’accord avec tout ce qui est dit à mon sujet".

La jeune femme vit dans la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean et a fait la connaissance de Salah Abdeslam lorsqu’elle avait 16 ans et lui 18. "Quand j'ai connu Salah, il n'était pas intéressé par les fêtes et la boisson. Mais avec Abdelhamid Abaaoud, ça a changé. Il était jeune et a été influencé: ils allaient ensemble à des fêtes. Et oui, ils buvaient beaucoup. Il y a eu de plus en plus de distance entre nous", a raconté l'ex-fiancée d’Abdeslam à l'expert en radicalisation Montasser Alde'emeh, dans l’interview publiée ce mercredi par l'hebdomadaire flamand Knack.

Abdeslam protégeait sa petite amie de ses fréquentations, affirme Wardah (prénom d'emprunt). "S'il voyait ses amis, il ne me le disait pas. Pourquoi? Pour me protéger. Il ne voulait pas me perdre à cause de ses amis. Il ne voulait pas qu'ils me parlent."

Wardah évoque également l'époque où Salah Abdeslam travaillait pour la société bruxelloise de transports en commun Stib. "Il a dû démissionner à cause de différents délits qui lui ont valu cinq mois de prison."

Quant à l'influence qu'a jouée Abaaoud (photo), "je peux seulement dire que Salah, jusqu'en 2011, n'a eu aucun problème avec la justice. Il avait un casier judiciaire vierge. Ce qu'il s'est passé le jour où il a commis ces délits, je ne le sais pas exactement. Il ne voulait pas en parler. Il a été condamné et libéré un mois plus tard. Abdelhamid a été emprisonné pendant six mois."

"Toujours une explication à mes questions"

Selon son ex-fiancée, Abdeslam ne s'est pas radicalisé en prison. Il a pourtant tenté de se rendre en Syrie fin 2014. "Il a commencé à m'en parler lorsque nous étions ensemble en voiture ou que nous allions manger quelque part. Il était alors convaincu que nous devions déménager, et que ce serait mieux pour nous en tant que couple marié, que nos enfants auraient un meilleur avenir. Il avait toujours une explication toute faite à mes questions."

Wardah détaille également la dernière fois où elle a vu Salah Abdeslam, trois jours avant les attentats de Paris. "Nous sommes allé dîner ensemble le 10 novembre, dans les environs de Bockstael à Laeken. Je voyais bien que ça ne tournait pas rond. Il n'a pas beaucoup mangé, il semblait malheureux même s'il m'a assuré que tout allait bien. Nous avons parlé de notre avenir et de mariage. Je lui ai dit que ça m'inquiétait quand il disparaissait sans prévenir, et qu'il ne faisait rien pour trouver un travail fixe. J'ai commencé à pleurer. Lui aussi. Et il m'a dit que s'il ne parvenait pas à m'épouser pendant sa vie sur terre, nous nous marierions au paradis. Je lui ai demandé ce que cela signifiait, mais il a évité de me répondre. Il a balayé toutes mes questions en me répétant que tout allait bien."

La jeune femme raconte aussi comment elle a appris via la télévision que des attentats avaient eu lieu à Paris, le 13 novembre. Ce n’est que deux jours plus tard qu’elle a su que son fiancé y était vraisemblablement impliqué. "Je ne parvenais pas à y croire. Si seulement il s’était rendu en Syrie, et pas à Paris !", fut sa première pensée.