Crise des réfugiés: "Il y aura un avant et un après 7 mars"

Le sommet entre l'Union européenne et la Turquie, organisé lundi à Bruxelles, a délivré un résultat en demi-teinte, en dégageant des grands principes dont les modalités pratiques doivent encore être définies. Aux yeux du Premier ministre belge, Charles Michel, une étape supplémentaire a toutefois été franchie dans cette bataille.

Ce sommet de la dernière chance, comme certains l'avaient qualifié, a duré douze heures et a accouché d'une souris. "Nous avions tous les éléments pour avoir un accord complet", a constaté le Charles Michel à l'issue de la réunion. Il s'agit cependant d'une "étape supplémentaire qui est franchie dans cette bataille pour résoudre la crise des réfugiés", a-t-il souligné.

"Un réfugié syrien pour chaque personne réadmise en Turquie"

Les Européens ont été surpris par la nouvelle approche proposée dimanche soir par la Turquie après des discussions avec la présidence néerlandaise de l'Union et la chancelière allemande Angela Merkel.

La principale nouveauté est la réadmission prochaine, par la Turquie, de toutes les personnes qui tenteraient de rejoindre l'Europe de manière irrégulière, tandis que l'Europe accueillera un réfugié syrien pour chaque personne réadmise en Turquie.

Cette organisation a pour but de "casser le modèle économique des trafiquants d'êtres humains et des passeurs", a souligné le Premier ministre. Il faudra cependant être vigilants pour que la fermeture de ce mode d'arrivée vers l'Europe ne soit pas compensé par de nouvelles routes, a noté le Premier ministre.

Les 28 chefs d'Etat et de gouvernement européens ont chargé le président du Conseil européen, Donald Tusk, de peaufiner les modalités pratiques dans les prochains jours, et au plus tard pour le prochain sommet, les 17 et 18 mars.

"Une Europe Bancontact"

"Il y aura un avant et un après 7 mars", a affirmé Charles Michel. "Les personnes arrivées avant le 7 mars feront l'objet d'une relocalisation depuis l'Europe. Celles arrivées après seront renvoyées en Turquie." Il subsiste cependant une zone gris en attendant que les modalités pratiques soient établies: quel sort sera réservé aux personnes arrivant durant cette période? Ce n'est pas encore clair.

Les dirigeants européens ont eu une discussion juridique sur la faisabilité de ce principe de réadmission et sa compatibilité avec les droits européen et international. "La position de la Commission est que c'est possible dès lors qu'un pays, la Grèce, a un accord de réadmission avec la Turquie, ce qui est le cas", a poursuivi le Premier ministre.

La question est de savoir si tous les pays européens embrayeront sur le principe de la réinstallation et accepteront d'accueillir des réfugiés syriens. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a mis son veto lundi, au cours des discussions, au système.

"On a deux logiques qui s'affrontent: celle qui prône une solution européenne et celle qui refuse les efforts", a fustigé Charles Michel. "Je regrette ce manque de solidarité et cette vision d'une Europe Bancontact qu'on sollicite pour son propre développement mais qu'on rejette quand il faut faire des efforts en retour."

Adhésion à l’UE: la Turquie "très très loin" du compte

En échange de sa coopération, la Turquie a demandé que l'Europe accélère le processus de libéralisation des visas, initialement prévu pour novembre. L'UE et la Turquie ont convenu d'essayer de ramener à juin cette échéance, mais il faut que la Turquie adopte d'ici là neuf textes légaux préalables à la libéralisation. "Cela va de pair avec la réadmission", a insisté Charles Michel. "C'est d'abord la réadmission, puis la libéralisation."

La Turquie souhaite aussi ouvrir de nouveaux chapitres dans la procédure d'adhésion à l'Union européenne. Les Européens ont rappelé l'importance de la liberté d'expression. "Je ne change pas d'avis: la Turquie est très très loin de rencontrer les conditions pour devenir membre de l'UE", a commenté le Premier ministre. "J'ai eu l'occasion de répéter que la liberté des médias est une valeur, un droit intangible."

En conférence de presse, le Premier ministre turc a assuré être pour la liberté de la presse et des médias et affirmé que le paysage médiatique turc était très dynamique. Les problèmes rencontrés par le quotidien Zaman sont "judiciaires, pas politiques" et concernent des crimes que le journal aurait commis, a-t-il assuré.