"Nous donnons les clefs de l’Europe au sultan Erdogan"

Le Parlement européen débattait ce mercredi matin de l’accord de principe conclu à Bruxelles par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne avec la Turquie pour tenter de contenir la crise des migrants. Le Belge Guy Verhofstadt, chef du groupe libéral, estime que les 28 membres de l’UE donnent trop de pouvoir de décision à la Turquie, risquant ainsi de mettre en danger la sécurité des réfugiés. La plupart des autres fractions au Parlement européen critiquent l’accord de principe passé avec Ankara.

Les grandes lignes de l’accord de principe passé à Bruxelles entre les 28 pays de l’Union européenne et la Turquie, mardi, stipulent que l’UE pourrait renvoyer en Turquie tous les demandeurs d’asile, y compris les Syriens. En échange de quoi il y aurait un transfert légal et contrôlé vers l’Union des réfugiés syriens et certains autres demandeurs d’asile qui se trouvent dans des camps en Turquie.

Alors que les Nations Unies ont déjà exprimé leur crainte face à ce plan, estimant qu’un renvoi collectif de réfugiés est illégal, le Parlement européen débattait ce mercredi matin sur l’accord de principe. Presque toutes les familles politiques se sont montrées plus ou moins critiques par rapport à l'issue du sommet UE-Turquie. Seul le PPE démocrate-chrétien en prend la défense.

Le chef de groupe libéral (ALDE), l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt (Open VLD), a notamment sévèrement critiqué le projet d’accord avec la Turquie. "Ce que nous faisons ici, c’est outsourcer le problème. Nous donnons les clés de l'Europe à la Turquie et au sultan Erdogan." Et Verhofstadt de préciser : « C’est comme si les Américains donnaient le contrôle de leur frontière du sud aux Mexicains".

"Nous, Européens, bloquons l'accès pour tous les Syriens et les réfugiés qui cherchent protection et ce sera la Turquie et son président Erdogan qui, sur base individuelle, décideront qui est réfugié politique et qui ne l'est pas, qui peut aller en Europe et qui ne peut pas." Les Syriens pourront sans doute passer, mais pas les Afghans, craint Guy Verhofstadt. "Et les Kurdes qui viennent de Syrie ou d'Irak ne pourront pas du tout passer."

Guy Verhofstadt craint aussi pour les réfugiés déboutés. "Ce qui va se passer, c’est que ces réfugiés désespérés vont se tourner vers des routes alternatives. Et je peux vous dire, dans quelques semaines, on se retrouvera de nouveau ici, au Parlement, à débattre de la réouverture de la route de Lampedusa, d’une nouvelle route via l’Albanie, ou Malte ou la Bulgarie. Ce projet d’accord ne va pas résoudre le problème. Parce que ce n’est pas aux pays tiers de trouver la solution, c’est à nous, à l’Union européenne de trouver une solution et c’est ce qui nous manque aujourd’hui".

"Pas un chèque en blanc pour la Turquie"

Le chef de groupe du parti chrétien-démocrate européen (PPE) Manfred Weber, issu du même parti que la chancelière allemande Angela Merkel - considérée comme une des architectes de l'accord - s’est dit satisfait du sommet. Il a cependant affirmé que les milliards d'euros qui seront débloqués ne peuvent pas aller directement aux autorités turques. "Ce n'est pas un chèque en blanc", a-t-il mis en garde. "On parle de coopération, pas de dépendance."

Quant à la députée belge Kathleen Van Brempt (photo), vice-présidente de la fraction socialiste, elle estime que les droits de l’Homme et la liberté de la presse ne sont de loin pa"s garantis en Turquie. Le plan est d’ailleurs bancal sur le plan juridique".