Trois Belges sur une liste de recrues de l’EI?

D’après le quotidien flamand De Tijd, au moins trois Belges - deux Verviétois et un Liégeois - figureraient sur la liste de 22.000 noms de candidats étrangers au djihad recrutés par l’Etat islamique (EI) que la chaîne d’information britannique Sky News affirme avoir pu consulter. Les services belges compétents déclarent n’avoir encore pu voir ces documents, dont l’authenticité est d’ailleurs mise en doute. Notamment par l’enquêteur belge Pieter Van Ostaeyen.

Alors que Berlin et Londres étudient les documents révélant les noms de 22.000 recrues du groupe Etat islamique, certains experts appellent à la prudence quant à leur authenticité. Selon le quotidien flamand De Tijd, les noms de trois Belges figurent sur cette liste. Deux d’entre eux seraient originaires de Verviers, le troisième de Liège. L’un des trois serait entretemps rentré en Belgique.

Paul Van Tigchelt (photo), directeur de l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace, confirme que l’OCAM n’a pas encore reçu la liste des noms. "Ce sont nos partenaires - services de renseignements et de police - qui nous donnent des informations sur les personnes se trouvant en Syrie. Et jusqu’à présent, je ne suis pas encore au courant des informations rapportées par Sky News", précisait Van Tigchelt ce jeudi midi à la VRT.

Le porte-parole du ministre de l’Intérieur Jan Jambon déclarait pour sa part que si la liste existe effectivement, elle peut être un supplément intéressant pour la base de données de l’OCAM, établie au cours de l’année écoulée et qui reprend les noms d’éventuels terroristes et de combattants en Syrie. "C’est un monde obscur et nous ne savons pas à quel point il est réellement obscur. Toute information validée qui peut jeter un peu de lumière sur la question, peut être intéressante, mais il faut être certain que cette information est correcte".

Authenticité en question

La chaîne d’information Sky News affirme avoir reçu les documents avec les noms de 22.000 membres recrutés par l’EI d’un homme ("Abu Hamed") qui a déserté le groupe terroriste. Ils les aurait volés et remis à un journaliste en Turquie. L’expert britannique en matière de terrorisme Richard Barrett a fait savoir via Twitter que les documents étaient "d’une valeur inestimable pour les enquêteurs".

L’enquêteur belge Pieter Van Ostaeyen confirme cela, mais estime qu’il faut rester très prudent. "Divers analystes doutent de l’authenticité de l’information. Nous devrions pouvoir avoir accès à ces documents pour être certains".

D’après Van Ostaeyen, certains détails dans le récit d’Abu Hamed "sont tout de même bizarres. Cet homme serait donc passé de l’Armée syrienne libre à l’Etat islamique, aurait gagné la confiance de la direction de l’organisation, et serait finalement parvenu à mettre la main sur les documents. Il est possible que l’EI ait lui-même divulgué la liste, pour faire comprendre à ses combattants qu’ils font mieux de ne pas déserter".

D’autres experts affirment avoir vu des incohérences dans les documents. Ainsi, le nom de l’Etat islamique en Irak et en Syrie - l’ancien nom de l’EI - est écrit de deux façons différentes en arabe. "C’est pourquoi nous devons être prudents", affirme l’enquêteur Charlie Winter de l’Université de l’Etat de Géorgie, aux Etats-Unis. "Lorsque j’ai vu pareilles incohérences par le passé, il s’agissait de mauvaises contrefaçons".