Abdeslam et Choukri placés sous mandat d’arrêt

Interrogé par les enquêteurs après sa sortie de l’hôpital, ce samedi matin, Salah Abdeslam a été présenté ce midi au juge d’instruction, qui a décidé de le placer sous mandat d’arrêt, tout comme son complice Amine Choukri, également appréhendé vendredi après-midi à Molenbeek. Abdeslam refuse d'être extradé vers la France, a indiqué son avocat Sven Mary.
Aurore Belot

Salah Abdeslam (26 ans) et son complice Amine Choukri sont sortis ce samedi, vers 8h du matin, de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, où ils ont été soignés pour des blessures légères encourues vendredi lors de leur arrestation. Les deux hommes ont ensuite été emmenés dans les bâtiments de la police fédérale, dans la capitale.

Salah Abdeslam (photo archives) a été interrogé par les enquêteurs dans le courant de la matinée. A cette occasion, il a sans doute été assisté par un avocat désigné d'office ou a renoncé à être défendu par un conseil. Dans tous les cas, la rapidité avec laquelle s’est passé l’interrogatoire laisse penser qu'il n'a rien voulu dire.

Vers 12h30, Abdeslam a été présenté à un juge d’instruction. Peu avant, son avocat, Me Sven Mary (photo), était arrivé dans les locaux de la police judiciaire à Bruxelles où la comparution a lieu.

Vers 14h20, le juge d'instruction a placé Abdeslam sous mandat d'arrêt. Son avocat a indiqué qu'il refuse d'être remis aux autorités françaises. Le dossier devra être examiné en appel par la Chambre des mises en accusation.  

Egalement entendu par un juge d’instruction, Amine Choukri avait lui déjà été placé sous mandat d’arrêt ce samedi midi. Comme Abdeslam, il a été inculpé de participation à des meurtres terroristes et aux activités d'un groupe terroriste, confirmait le parquet fédéral samedi après-midi.

Les trois autres personnes interpellées vendredi après-midi - des membres d’une même famille, qui ont caché Abdeslam - ont aussi comparu devant un juge d’instruction. Abid Aberkan a été inculpé de participation aux activités d'un groupe terroriste et recel de criminels. Une femme a été inculpée de recel de criminels, mais pas privée de sa liberté. Le troisième membre de la famille a été remis en liberté sans conditions.

Abdeslam voudra-t-il collaborer avec la justice ?

Salah Abdeslam avait-il l’intention de perpétrer d’autres attentats ? C’est la grande question après la découverte, mardi dans une habitation perquisitionnée à Forest, de lourdes armes et de munitions. Mais aussi parce que le suspect n°1 des attentats de Paris est resté en Belgique, sans tenter apparemment de fuir à l’étranger.

Brice De Ruyver (photo), criminologue à l’Université de Gand (Flandre orientale), doute cependant que le jeune Français vivant à Molenbeek veuille parler. "Il a les clefs en main, mais cela ne veut pas dire qu’il sera prêt à collaborer avec la justice. En fait, il n’y trouverait aucun avantage. Sa seule raison de parler serait de soulager sa conscience, mais je crains que nous ne devions pas compter là-dessus".

Et De Ruyver de conclure : "Abdeslam sait très bien que l’Etat islamique n’apprécierait pas qu’il cite des noms. Et il ne va pas trahir des amis qui l’ont aidé pendant tous ces derniers mois".