L’indépendance de l’AFCN remise en question

L’Agence fédérale de Contrôle nucléaire serait trop sensible à la pression politique, certainement dans le dossier des centrales nucléaires. C’est la conclusion d’un audit interne, sur lequel le parti écologiste flamand a mis la main. Selon Groen, il signale notamment un sérieux dysfonctionnement au sein de l’AFCN.

Le rapport montre "en particulier une influence politique croissante" dans les dossiers liés aux centrales nucléaires. L'Allemagne et le Luxembourg ont demandé un arrêt temporaire des réacteurs nucléaires de Doel 3 et Tihange 2, rouverts il y a peu après une longue pause, "le temps de mener d'autres examens" sur leur sécurité.

En réaction à cette demande, formulée mercredi par la ministre allemande de l'Environnement, Barbara Hendricks, le gouvernement fédéral a invoqué l'indépendance de l'AFCN. Celle-ci a autorisé le 17 novembre dernier l'exploitant des centrales nucléaires belges, Electrabel, à procéder au redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Ils étaient à l'arrêt depuis 2012 en raison d'incertitudes quant à leur sûreté, après la découverte de micro-fissures dans les cuves en acier des deux réacteurs.

"Aujourd'hui, nous lisons noir sur blanc dans un audit que cette indépendance (de l'AFCN) est contestée", a affirmé le député Groen Kristof Calvo (photo). Selon lui, cet audit est assez cinglant et réclame des mesures urgentes pour améliorer le fonctionnement de l'AFCN. "Il y a du travail pour l'Agence fédérale, mais aussi pour le ministre de tutelle, Jan Jambon (N-VA). Il s'engage bien trop peu en faveur de la sécurité nucléaire au profit de nos concitoyens et entreprises", a ajouté le député écologiste.

Cet audit, commandé par l'agence, indique notamment qu'une "impression existe que l'indépendance de l'agence vis-à-vis du monde politique et économique se réduit progressivement". Selon Calvo, le personnel de l'AFCN est en droit de se demander si l'on tient vraiment toujours compte du travail effectué et si la direction n'est pas mise sous pression pour accepter des compromis - une remarque qui vaut principalement pour les dossiers liés aux centrales nucléaires.

Le directeur général de l'AFCN, Jan Bens, a quant à lui à nouveau défendu la qualité de l'analyse des installations nucléaires réalisées par son agence, dimanche dans l’émission De Zevende Dag (VRT).

L'audit cité par Groen souligne encore que personne ne conteste l'expertise de l'AFCN. "Mais l'Agence fédérale n'est toutefois pas reconnue comme une grande autorité, (réalisant) des actions cohérentes et qui réussit à se positionner dans le paysage institutionnel en Belgique et à donner des indications claires en matière de marche à suivre".