Certaines polices locales ne veulent plus décharger le fédéral

Le chef de corps de la zone de police de Renaix, en Flandre occidentale, refuse de mettre des agents à disposition de la police fédérale. La police locale doit depuis des mois surveiller la frontière dans le cadre de la crise des migrants et de la menace terroriste. Il semble que d'autres zones de police menacent de retirer leur appui, rapporte jeudi Het Laatste Nieuws.

Patrick Boel, le chef de corps de la zone de police de Renaix, doit compter depuis des mois sur quatre personnes en moins dans son équipe de 58: 1.174 heures - soit environ 150 jours - ont donc été prestées hors de la zone pour aider à surveiller la frontière franco-belge.

Désormais, la police fédérale souhaite aussi que la police locale contribue à la lutte contre le terrorisme. "Il n'est plus question de situation exceptionnelle d'urgence, mais de la conséquence d'économies drastiques au niveau fédéral", dénonce Patrick Boel.

La zone de police locale d'Erpe-Mere/Lede a adressé pour sa part un courrier la semaine passée au cabinet du ministre des Affaires intérieures Jan Jambon (N-VA), dans laquelle elle menaçait aussi de ne plus mettre ses inspecteurs à disposition.

Pour les syndicats c'est l'échec de la police intégrée

Une zone de police locale qui ne veut plus décharger le fédéral signifie la fin de la police intégrée, déclare jeudi Vincent Houssin du syndicat libéral flamand VSOA (pendant flamand du SLFP).

La police intégrée, en place depuis 1998, est un service réunissant polices fédérale et locale. La cause de l'agacement est à trouver dans les années d'économies, ajoute le syndicaliste et son collègue Carlo Medo, du NSPV (pendant flamand du SNPS).

Différentes zones de police en ont marre de céder des inspecteurs et des agents à la police fédérale pour notamment aider à la lutte contre le terrorisme et à effectuer des contrôles aux frontières.

Selon elles, cela se fait au détriment du travail quotidien.
Pour les syndicats, il s'agit de la conséquence d'années d'économies dans le recrutement. "Actuellement, nous comptons un manque de plus de 3.000 agents sur un total de 13.000, uniquement pour le fédéral", signale Vincent Houssin.

Le VSOA pointe du doigt les responsables politiques, de la majorité comme de l'opposition. "Depuis 2010, le recrutement de nouveaux policiers est une catastrophe. Le gouvernement actuel a décidé de n'engager que 800 nouveaux agents au lieu des 1.400 prévus. Et c'était uniquement pour remplacer les départs. Seule l'ancienne ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet (CDH) avait engagé 1.400 agents".

Carlo Medo observe une tentative "de rattrapage" du gouvernement. "Mais il faut au moins un an et demi pour former de nouveaux agents".

Tout cela met le système de la police intégrée en question. "Une vision à long terme est urgente pour les six années à venir afin que la police soit de nouveau forte", conclut Vincent Houssin.