"La STIB a été mise au courant à 8h20 des attentats à Zaventem"

La commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars a entendu le chef du service de la Police des chemins de fer et du métro de Bruxelles, Jo Decuyper et le conseiller en prévention de la STIB, Eric Buslot. Ce dernier 'a pu indiquer aux commissaires si l'information de l'attentat commis à l'aéroport national avait été communiquée au dispatching de la STIB.

Le chef du service de la Police des chemins de fer et du métro de Bruxelles, Jo Decuyper, a reçu le 22 mars à 9h07 un courriel lui annonçant la fermeture du métro dans la capitale jusqu'à midi. Ce message émanait de la Direction de la police administrative et est arrivé sur sa boîte personnelle. Il ne l'a donc vu que bien plus tard, a-t-il expliqué à la commission d'enquête parlementaire.

Même si les auditions de cette semaine portent sur l'action de services de secours aux victimes, la question de l'évacuation du métro s'est rapidement posée mercredi, journée consacrée à l'attentat perpétré à Maelbeek.

Le policier a relativisé l'importance de l'information. A 8h50, l'un des auteurs de l'attentat se trouvait à la station Pétillon. Si à 9h07, à 4 minutes de l'explosion à Malebeek, M. Decuyper avait pu arrêter de le trafic d'un coup de baguette magique, l'attentat aurait sans doute eu lieu à la station Mérode, plus profonde et aux quais plus petits.
Selon lui et d'après les discussions qui ont eu lieu avec la STIB, 30 minutes au moins sont nécessaires pour évacuer le réseau. Une telle décision est difficile à prendre, a-t-il confié.

A Paris, par exemple, tant le 13 novembre que lors de l'attaque de Charlie Hebdo, cela n'a pas été le cas. A Londres, en 2005, le métro a en revanche été fermé mais un des terroristes est entré dans un bus et s'y est fait exploser, causant la mort de 14 personnes.

D'après les informations qu'a reçues M. Decuyper, la STIB a été mise au courant à 8h20 des faits qui s'étaient produits à Zaventem. Le policier a quant à lui appris dès 8h04 par les militaires qu'un attentat venait d'être commis.

De manière générale, le dirigeant policier a regretté l'absence de procédure précise. Lors du "lockdown" de Bruxelles en novembre, il fut, dit-il, l'un des derniers avertis.

Le responsable de la police ferroviaire à Bruxelles a également mis en avant la multitude d'informations que les services de police et de secours ont géré ce jour-là, notamment les "ghost events", soit de fausses alertes, qu'il faut vérifier. "C'était le bordel", a-t-il ajouté.

Depuis le 17 novembre, la police des chemins de fer travaille avec les militaires déployés en appui des tâches policières. M. Decuyper s'est réjoui de cette collaboration. "C'est une énorme plus-value", a-t-il dit. Le jour des attentats, les soldats ont apporté une aide importante en fournissant aux victimes les premiers secours. Fort de cette expérience, le policier juge opportun de former les policiers aux premiers soins, comme le sont les militaires.

C'est le directeur général de la STIB, Brieuc de Meeus, qui a pris la décision de fermer le réseau des transports en commun bruxellois immédiatement après l'explosion dans la station de Maelbeek, a expliqué mercredi le conseiller en prévention de la société, Eric Buslot, devant la commission d'enquête parlementaire. A sa connaissance, aucune demande de fermer le métro n'est parvenue à la STIB.

Eric Buslot n'a pu indiquer aux commissaires si l'information de l'attentat commis à l'aéroport national avait été communiquée au dispatching de la STIB. L'évaluation du déroulé des événements le 22 mars est toujours en cours au sein de la société.

Au mois de novembre, au moment du "lockdown" de Bruxelles, le réseau de la STIB a été fermé à la demande du SPF Intérieur. Le 22 mars, la décision a été prise directement par M. de Meeus.
Dans les secondes qui ont suivi l'explosion, le dispatching du métro a alerté les secours, ce qui a entraîné le déclenchement du plan d'urgence.

"Notre CEO a décidé dans les secondes qui ont suivi: on ferme tout. Et ça s'est produit", a indiqué Eric Buslot.

"A ma connaissance, il n'y a pas eu de demande arrivée à la STIB de fermer le métro", a-t-il ajouté, confirmant ainsi une information déjà communiquée par la société de transports en commun.

Selon le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, interrogé le 25 mars au parlement, la décision d'évacuer a été prise à 8h50. A 9h04, l'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (OCAM) a décrété le niveau 4 d'alerte, soit le niveau le plus élevé. L'ordre est donné à 9H04 d'évacuer le métro et les cinq gares bruxelloises et d'en interdire l'accès au public. A 09h11, l'explosion s'est produite dans une rame de métro.

La STIB n'a pas de lien direct avec le centre fédéral de crise. La communication passe par la centrale d'urgence 100, a précisé M. Buslot.

Le conseiller ne s'est pas avancé sur le problème d'une évacuation qui aurait pu être décidée à la suite de l'attentat à Zaventem et avant celui de Maelbeek.

"Je vais poser la question à l'envers. Et si la première explosion avait eu lieu dans le métro, aurait-il fallu évacuer Zaventem? Ce sont des questions auxquelles je ne peux pas répondre. C'est une compétence de l'organe qui évalue le risque, pas de la STIB", a-t-il expliqué.

Le conseiller n'a pu préciser le temps nécessaire pour évacuer le métro bruxellois. "Je ne peux pas répondre à cette question", a-t-il dit avant de faire remarquer que l'évacuation de 69 stations, ça prenait "un certain temps".

Selon lui, l'intervention des secours s'est déroulée sans accroc ce jour-là et les différents intervenants ont tout de suite réagi.