La grève continue dans les prisons wallonnes et bruxelloises

Les syndicats et le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) n’ont pas trouvé d’accord, lors d’une nouvelle réunion vendredi soir, pour mettre fin à la grève qui touche les prisons wallonnes et bruxelloises depuis près de trois semaines. Les syndicats francophones réclament le retour au cadre de personnel en vigueur en 2014. Une nouvelle rencontre est prévue mardi après-midi. Dans les prisons concernées, la situation devient incendiaire, comme en témoigne le journal tenu par un détenu à Forest.

Les agents pénitentiaires flamands ont accueilli positivement le plan de rationalisation du ministre Koen Geens, tandis que leurs homologues francophones l'ont catégoriquement refusé en début de semaine. "Cette situation pose problème au ministre", a concédé Pacal Verhelst, permanent SLFP, à la sortie de la réunion. "Nous avons donc essayé de trouver une solution à la belge."

Les syndicats francophones ont proposé d'organiser un référendum dans chaque établissement pénitentiaire belge pour demander l'avis de tous les agents sur le plan de rationalisation. "Mais ce référendum n'a de sens que si le ministre accepte un retour au cadre de 2014", a souligné Michel Jacobs, secrétaire fédéral de la CGSP Prisons. "Ça ne me pose pas de problème si les néerlandophones défendent le plan pour des raisons objectives. Mais les francophones le refusent."

Les syndicats jugent par ailleurs insuffisant le Masterplan approuvé vendredi par le gouvernement fédéral, qui prévoit notamment l'extension et la construction de nouvelles prisons (comme à Vresse-sur-Semois). "La sécurité passe par un nombre suffisant d'agents", a insisté Michel Jacobs. "Nous avons besoin de plus de personnel. Il faut passer des promesses aux actes."

"La concertation est constructive, mais on sent bien qu'il y a un problème entre les deux communautés", analyse Gino Hoppe du syndicat socialiste flamand. "Du côté néerlandophone, nous nous occupons du processus de rationalisation depuis des mois. Nous avons commencé à épargner plus rapidement que les francophones, nous travaillons déjà différemment. La base soutient la proposition du ministre."

Le ministre de la Justice (photo) se dit "ouvert au dialogue" mais rappelle que les syndicats francophones refusent des propositions qu'ils avaient pourtant acceptées dans un premier temps. "Je suis heureux que les deux grands syndicats néerlandophones soient favorables au protocole d'accord. Nous avons fait de nouvelles propositions pour lutter contre la surpopulation et moderniser les bâtiments. Ce sont deux garanties importantes pour le climat pénitentiaire. La tension dans les prisons m'inquiète."

Koen Geens fera un nouveau tour de table mardi. Il rencontrera d'abord une délégation d'agents pénitentiaires, qui manifesteront à Bruxelles en matinée, avant de recevoir les syndicats à 16h.

La Ligue des droits de l’Homme porte plainte

La Ligue des droits de l’Homme a porté plainte contre le Premier ministre Charles Michel et le ministre de la Justice Koen Geens pour négligence et traitement inhumain à l’égard des détenus dans les prisons où le personnel est en grève. L’Etat belge a déjà été condamné à payer des milliers d’euros d’astreintes à des prisonniers, parce que leurs conditions de vie ont nettement régressé pendant et en raison de la grève des gardiens.

"A travers le Premier ministre et le ministre de la Justice, c’est la responsabilité collective du gouvernement fédéral qui est visée. Depuis des mois, des années et sous les gouvernements précédents, des économies aveugles ont été menées à bien dans les établissements pénitentiaires. On fait des détenus des bombes à retardement en n’entreprenant rien pendant leur détention. Ils sortent de prison sans aucun travail social. Rien n’est fait pour lutter contre les risques de récidive", déclarait l’avocat de la Ligue des droits de l’Homme Alexis Deswaef (photo) ce samedi à la VRT.

"Quelqu’un s’est pendu dans sa cellule"

Un détenu dans la prison de Forest (photo) a tenu un journal de la situation pendant les semaines de grève des gardiens. Des extraits en sont parvenus à la VRT via l’avocat du détenu. Il y parle des conditions de vie déplorables dans les cellules, où sont confinés les hommes sans bénéficier encore de récréation, ni de repas à heures fixes, de linge et de draps propres. Le feu a déjà été bouté à une cellule, la tension monte.

Le 3 mai, ce détenu écrivait : "Chaque nuit, nous avons la visite de souris parce que nos poubelles ne sont plus vidées depuis une semaine. Notre cellule n’a plus été nettoyée depuis 10 jours. Il n’y a même plus de papier toilette".

Le 5 mai, il confiait : "La tension monte. Je crains que la situation ne dérape". Il racontait aussi : "Nous voyons des ambulanciers qui courent. Quelqu’un s’est pendu dans sa cellule. Nous entendons les voies de gens qui paniquent. Les détenus sont désespérés dans ces circonstances. Je ne sais pas si la personne est encore en vie".

L’homme raconte aussi le manque de médicaments et de soins médicaux. Selon lui, il ne reste que les calmants, pour tenter de maîtriser les détenus.

L’avocat Kris Luyckx a plusieurs clients à la prison de Forest. Ce témoignage ne l’étonne pas. "Les détenus ne reçoivent plus de nourriture à heures fixes. Ils n’ont pas de draps frais, ne peuvent pas prendre de douche, leur cellule n’est plus aérée", confiait-il à la VRT. Il craint qu’une étincelle suffise à mettre le feu aux poudres dans les prisons en grève.