La grève en France fait l’affaire des stations-service belges

A la suite du rationnement des carburants dans plusieurs départements en raison du blocage de raffineries et dépôts pétroliers en France, par des salariés opposés à une réforme du droit du travail, de nombreux Français viennent faire le plein aux pompes à essence de Flandre occidentale. "Ma vente a triplé par rapport à la normale", témoigne le propriétaire flamand d’une station-service.

Au total, une dizaine de départements français ont instauré vendredi des restrictions à la distribution d'essence. Les autorités ont également fait évacuer les accès de six dépôts pétroliers sur huit bloqués depuis plusieurs jours. Cela a permis de réalimenter certaines stations-service samedi, mais de nombreuses autres restaient à sec. D’où une ruée vers les pompes à essence de l’autre côté de la frontière, en Flandre occidentale.

Le gouvernement français a écarté jusqu'à présent le moindre risque de pénurie de carburants et le Premier ministre Manuel Valls a affiché sa détermination "à faire lever les barrages s'ils persistent". Il a également réaffirmé que la réforme du droit du travail, contestée dans la rue depuis plusieurs mois mais passée en force à l'Assemblée nationale la semaine dernière faute de majorité, irait "jusqu'au bout, personne ne peut en douter".

Le président socialiste François Hollande avait déjà assuré mardi qu'il ne renoncerait pas à sa réforme, qui a pour objectif de déverrouiller le marché du travail et lutter contre un chômage endémique avoisinant 10% de la population active. Pour ses détracteurs, le texte est trop libéral et risque de renforcer la précarité des salariés. Depuis début mars, les opposants à cette réforme multiplient les journées de grèves et de manifestations, qui ont été émaillées de violences.

"Je savoure le succès"

L’une des stations-service en Flandre occidentale qui ont vu arriver de nombreux clients du nord de la France est celle d’Andy Cardinael, à Heuvelland. "Cela a déjà commencé jeudi. J’avais entendu dire qu’il y avait des actions en France. La population locale et mes clients fidèles sont venus faire le plein parce qu’ils craignaient que le carburant ne commence à manquer. Maintenant, les gens viennent de plus loin encore pour faire le plein".

Andy Cardinael fait des affaires en or ces derniers jours. "J’apprécie le succès. Mes ventes ont triplé. Actuellement, je vends 1.500 litres par heure". Les files d’attente durent pendant toute la journée. "Hier, j’étais ici jusqu’à 21h. Je ne peux pas quitter ma station-essence. Il pourrait y avoir des problèmes parce que les gens paniquent".

Cardinael a aussi reçu des appels de sociétés de transport. Elles craignent que leurs camions ne trouvent plus d’essence. "Je pense que je dois leur demander que les camions viennent faire le plein la nuit. Nous bénéficions de tout. Cela fait déjà 20 ans que nous faisons du commerce à la frontière".