Grève et manifestations des services publics contre l’austérité

Les syndicats chrétien, socialiste et libéral de la fonction publique mènaient ce mardi, en front commun, un plan d’actions contre les mesures d’austérité décrétées par le gouvernement fédéral. Deux manifestations ont réuni quelque 13.000 personnes au centre de Bruxelles et de Gand en matinée. Les transports en commun sont affectés dans tout le pays par ces actions, mais aussi par la poursuite de la grève du rail en Wallonie. La CGSP Cheminots a d’ailleurs déposé, puis partiellement retiré, un nouveau préavis de grève pour mercredi, jeudi et vendredi.

Déjà très affectée depuis près d’une semaine par une grève spontanée de cheminots essentiellement en Wallonie, la circulation ferroviaire était de surcroit touchée ce mardi par les actions menées en front commun par les syndicats des services publics. Une partie du personnel participant à ces actions et voulant notamment se rendre à la manifestation à Bruxelles ou celle à Gand, les trains circulaient dans le pays à un rythme réduit.

Alors que la circulation ferroviaire est encore totalement paralysée dans le sud du pays, en Flandre environ 50% des trains roulaient à l’heure de pointe, puis 45% vers 9h du matin. Sur les lignes entre le littoral-Gand-Bruxelles et Anvers-Bruxelles, environ 40% des services sont assurés. Sur la ligne Louvain-Bruxelles, seulement 30% des trains circulent, précisait le porte-parole d’Infrabel, Frédéric Petit.

La SNCB conseille aux voyageurs de consulter son site internet avant de se mettre en route, le trafic ferroviaire étant "fortement perturbé". Des informations figurent aussi sur les pages Twitter et Facebook de la SNCB.

Trams, bus et métros également perturbés

La circulation des bus de la société régionale De Lijn est perturbée dans toute la Flandre. Tous les chauffeurs n'ayant cependant pas encore pris leur service, la situation devait encore évoluer dans le courant de la soirée. Les voyageurs sont invités à consulter le site web www.delijn.be pour se tenir informés.

"A Anvers, seulement la moitié des bus et environ 70% des trams circulent. En périphérie bruxelloise, la circulation des bus est très perturbée. En Flandre orientale, la situation est surtout problématique à Gand (photo). Ailleurs en Flandre, seuls une moitié ou trois quarts des bus circulent, selon les endroits", explicitait la porte-parole Astrid Hulhoven mardi matin.

A Bruxelles, les transports en commun souffrent des diverses actions de protestation. "Les quatre lignes de métro sont desservies, mais les voyageurs doivent escompter à un temps d’attente plus long. D’autre part, près de la moitié des lignes de trams et 10% des bus roulent ce mardi. Pour les bus, il devrait y avoir une amélioration dans le courant de la journée", expliquait la porte-parole Ann Van Hamme en matinée.

Le réseau de bus TEC est quant à lui presque totalement paralysé en Wallonie, indiquait la compagnie vers 8h sur son site internet. Seul le Hainaut occidental était relativement épargné. En région liégeoise, les lignes de bus ne sont pas desservies. Aucun bus n'est sorti des dépôts du TEC Liège-Verviers. En Brabant wallon, 32% des lignes sont assurées pour 56% des parcours, indiquait encore le TEC.

"Pas de situation chaotique sur les routes"

Après un pic à 291 kilomètres de files cumulées sur le réseau routier belge peu avant 8h, les embouteillages ont commencé à se résorber. C'était une heure de pointe "légèrement plus dense que d'habitude. Mais nous n'avons pas été confrontés à une situation chaotique", a pour sa part affirmé Peter Bruyninckx, porte-parole du centre flamand du trafic (Vlaams Verkeerscentrum). "L'heure de pointe du matin a démarré un peu plus tôt que d'habitude", a-t-il précisé.

L'heure de pointe de fin de journée était calme sur les routes du pays, particulièrement à Bruxelles, Touring Mobilis recensait peu après 18h à peine 100 km de files, soit près de deux fois moins qu'un mardi normal. 

La circulation des trains internationaux était également perturbée ce mardi, en raison des actions de la fonction publique. Tous les trains Thalys (photo) entre Paris et l’Allemagne ont été supprimés, tout comme le train entre Bruxelles et Paris de 17h43 et deux trains entre Paris et Bruxelles de 7h46 et 15h50. Le reste des communications internationales est maintenu. La circulation des trains Thalys pourrait cependant encore être affectées ces prochains jours.

Pas de perturbations par contre chez Belgocontrol. Les contrôleurs aériens assurent leur service normalement ce mardi et la situation est donc normale dans les aéroports du pays.

Manifestations à Bruxelles et Gand

Une manifestation des services publics a réuni quelque 10.000 personnes dans la capitale, à l'appel du syndicat chrétien. Le départ du cortège a eu lieu vers 11 heures, et il a suivi l'itinéraire suivant : Porte Jacqmain - boulevard du Jardin Botanique - porte de Schaerbeek - boulevard Bischoffsheim - boulevard du Régent jusqu'à la Porte de Namur - rue de Namur - place Royale - rue Montagne de la Cour - Coudenberg - Mont des Arts - place de l'Albertine.

Dès le départ du cortège, les tunnels de la petite ceinture ont interdits à la circulation dans le sens Rogier vers la place Louise. Dès 10h30 le tunnel Léopold II était fermé à la circulation en direction de Bruxelles.

La manifestation bruxelloise a rassemblé des représentants francophones et néerlandophones des administrations publiques, mais aussi de l'enseignement, de Bpost, des chemins de fer. Il y avait aussi des délégations des services publics de radio et télévision VRT et RTBF.

Nicolas Maeterlinck

Le syndicat socialiste ACOD organisait pour sa part une manifestation dès 10h30 sur le Vrijdagmarkt à Gand (Flandre orientale). Elle a rassemblé quelque 3.000 personnes actives dans les secteurs de la poste, de l’enseignement, des soins de santé, notamment.

Les manifestants protestaient avant tout contre la flexibilité accrue réclamée par le gouvernement fédéral par rapport à la semaine de 38 heures de travail et contre la révision des pensions. Tout s'est déroulé dans le calme.

En Wallonie, le syndicat socialiste a organisé des protestations à Mons, Namur et Wavre. 

CGSP Cheminots: préavis de grève jusqu'à vendredi ?

La CGSP Cheminots (syndicat socialiste de la fonction publique francophone) a déposé mardi un préavis de grève sur le rail pour mercredi, jeudi et vendredi. Mais HR Rail, l'employeur juridique du personnel de la SNCB et d'Infrabel, avec lequel une réunion était prévue mercredi à 8h, n'a pas accepté ce préavis et annoncé que les travailleurs grévistes se trouveront en absence non-justifiée.

L'aile flamande de la CGSP Cheminots a dès lors suspendu son préavis dans "l'attente d'une enquête juridique" et a informé ses membres que la grève ne serait pas couverte.

L'aile francophone du syndicat socialiste n'a, par contre, pas suspendu le préavis de grève et couvre bien le mouvement. Le président de la CGSP Cheminots, Michel Abdissi, tente de trouver une solution. Les cheminots considérés comme étant en absence injustifiée peuvent en effet se voir infliger des sanctions disciplinaires et financières.

Pour rappel, le personnel proteste notamment contre un changement dans le calcul de ses jours de crédit, sorte de jours de récupération. "C'est la goutte qui a fait déborder le vase, mais notre mobilisation dépasse cette revendication", précisait Philippe Dubois, secrétaire permanent de la CGSP Cheminots pour Bruxelles.

"Notre mobilisation s'inscrit dans le contexte plus général de l'augmentation de la productivité demandée aux cheminots. Le plan Galant prévoit une augmentation de 20% de la productivité en 5 ans, ça signifie 6.000 emplois en moins", soulignait Philippe Dubois. Le syndicaliste insistait: "Je ne veux pas que le public pense qu'on se bat juste pour nos jours de congé".