Belgique et Pays-Bas veulent des médicaments accessibles

Le Centre d’expertise des Soins de santé belge (KCE) et son homologue néerlandais, le Zorginstituut Nederland (ZIN), ont réuni aux mois de mars et avril un groupe de réflexion international dans le but de "sortir de l’impasse des prix toujours plus élevés de nouveaux médicaments". Une brochure reprenant divers scénarios est maintenant consultable sur les sites internet du KCE et du ZIN.

"Le prix élevé des nouveaux médicaments menace de plus en plus l'équilibre des budgets de santé de tous les pays. Il confronte les décideurs politiques à d'épineux dilemmes moraux: puiser dans les fonds réservés à d'autres besoins, et fragiliser ainsi l'ensemble du système de santé, ou refuser aux patients le remboursement de médicaments susceptibles d'augmenter leurs chances de survie ou leur qualité de vie", indique le Centre belge d’expertise des Soins de santé. "Un nombre croissant d'observateurs - dont certains leaders du secteur pharmaceutique - reconnaissent que la tendance actuelle n'est pas tenable à long terme", ajoute le KCE.

Des experts du ZIN et du KCE se sont réunis au printemps avec des représentants d'organisations de patients, des leaders de l'industrie, des universitaires, des instances régulatrices et des représentants gouvernementaux - tant européens que nord-américains - en vue de chercher des pistes pour garantir à l'avenir l'accessibilité des médicaments.

La première dérive du système actuel est la privatisation des résultats de la recherche et du développement financés par des moyens publics, pointe le Centre d'Expertise des Soins de Santé belge. Par ailleurs, le système actuel de développement et de commercialisation des médicaments repose essentiellement sur les brevets, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux pratiques monopolistiques, déplore également le KCE.

Celui-ci souligne également que "l'industrie médico-pharmaceutique pose ses choix stratégiques et oriente ses recherches en fonction de ses propres valeurs et objectifs, sans nécessairement tenir compte des besoins réels des patients et des priorités de santé publique". Il regrette aussi qu'il n'y ait pas d'exigence de valeur ajoutée clinique lors de la mise sur le marché d'un nouveau produit, les agences du médicament se satisfaisant actuellement de la preuve de l'efficacité d'un nouveau médicament par rapport à un placebo.

McPHOTO / INSADCO / Bilderbox

Plusieurs scénarios à consulter

Différents scénarios ont été conçus dans le cadre de ce groupe de réflexion international. Les participants ont ainsi imaginé la mise sur pied de partenariats publics-privés axés sur les besoins en matière de santé publique, en passant par des marchés publics.

Dans un autre scénario, les Etats membres de l'Union européenne mettraient en place un système de développement de médicaments sans but lucratif parallèle à celui de l'industrie pharmaceutique et biotechnologique. Autre piste: un consortium de pays européens rachèterait via un fonds des brevets de molécules prometteuses qui répondent à des priorités de santé publique et il finaliserait les dernières phases de recherche. La dernière solution envisagée est la plus radicale: les médicaments et technologies de la santé deviendraient des biens publics, développés essentiellement par des entreprises publiques.

Le KCE reconnaît que ces quatre scénarios ne constituent pas des solutions immédiates et réalistes à court terme, mais il souligne qu'il vise plutôt "à inspirer et à élargir le débat de société autour du prix élevé des médicaments".

"Si nous restons dans les cadres traditionnels de la politique du médicament, nous n'arriverons pas à des solutions à long terme, compte tenu des modèles d’affaires actuels de l'industrie pharmaceutique. Pour cela, il nous faut ouvrir un débat de société dans lequel nous oserons sortir des sentiers battus", peut-on lire dans le préface de la brochure, cosignée par les ministres néerlandaise et belge de la Santé publique, Edith I. Schippers et Maggie De Block (photo).