"Nous devons pouvoir donner l'identité des terroristes"

La VRT refuse de montrer des images horribles de décapitation mais estime qu’elle doit pouvoir montrer les photos des terroristes. Le rédacteur en chef du journal télévisé de la VRT, Björn Soenens a réagi à la décision de plusieurs médias français de ne plus publier de photos des auteurs d'attentats "pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume" ou "ne pas mettre au même niveau victimes et terroristes". D’autres chefs de rédaction de grands quotidiens flamands refusent également cette forme d’autocensure.

Des médias français comme la chaîne d'info BFMTV, les quotidiens Le Monde et La Croix ont décidé de ne plus publier de photos des auteurs d'attentats "pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume" ou "ne pas mettre au même niveau victimes et terroristes".
"A la suite de l'attentat de Nice, nous ne publierons plus de photographies des auteurs de tueries, pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume", écrit le directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, dans un éditorial mercredi.

"Je ne suis absolument pas favorable à la censure ni à l’autocensure mais je trouve que les rédactions doivent réfléchir au choix des photos et des textes avant de les publier" a déclaré Indra Dewitte, rédactrice en chef du Belang van Limburg.

"Nous devons nous demander si le fait d’informer le public sur des actes insensés ne conduit pas à du mimétisme. Mais notre devoir d’informer prime avant tout : pour chaque mot et chaque photo que nous publions nous devons nous demander : est-ce que cela apporte quelque chose de plus ? Pour beaucoup de gens nous sommes une fenêtre sur le monde, nous devons donc publier des informations fiables, même si elles ne sont pas belles" conclu Indra Dewitte.

"Ne pas surestimer le rôle des médias traditionnels"

"Nous avons de la compréhension pour le débat que le Monde veut lancer avec sa prise de position de ce mercredi," déclare de son côté Bart Sturtewagen, rédacteur en chef du quotidien De Standaard. "Mais en ce qui nous concerne nous n’allons pas franchir ce pas. Nous ne devons pas nous laisser distraire de notre tâche première qui est d’informer. Il y a de toute façon une sorte de retenue de la part de nos médias, lorsqu’il s"agit de photos horribles de décapitation, cela se fait depuis longtemps, nous devons aussi veiller à ce que notre ton ne soit pas trop émotionnel ou sensationnel mais j’estime qu’en cette matière notre journal a eu une attitude correcte. Enfin je ne voudrais pas surestimer le rôle joué par les médias traditionnels dans l’image des terroristes. Je pense qu’ils ne se laissent pas influencer par ces médias".

"Lorsque nous faisons le portrait des auteurs des attentats nous apportons des nuances ainsi que des éclaircissements nécessaires. Ce ne sont pas tous des terroristes aguerris, directement envoyés par Daesh. Souvent il est question de radicalisation religieuse superficielle et très rapide. Nous relevons aussi souvent des troubles mentaux, une histoire personnelle faite d’échecs et de criminalité. En expliquant cela nous allons précisément à l’encontre d'une glorification," estime Bart Sturtewagen.

"Je trouve que l’identité des auteurs doit pouvoir être connue"

Pour le rédacteur en chef du journal télévisé de la VRT Björn Soenens le fait de ne pas publier les photos des terroristes n’est pas un objectif en soi. "Nous avons encore publié la photo de l’auteur de l’attentat dans l’église près de Rouen dans notre journal de 13h. Je ne pense pas que les kamikazes ou les terroristes se préoccupent de savoir si leur photo sera publiée après leur mort ou leur arrestation. Il y a par contre un consensus entre les médias pour ne pas montrer d’images horribles ou de violence gratuite. Mais je trouve que l’identité des auteurs doit pouvoir être connue. Nous voulons savoir qui ils sont et ce qui les a poussé à commettre de tels actes. C’est tout de même une information importante" ajoute Björn Soenens.

"Nous devons aussi faire en sorte que nos bulletins d’information restent équilibrés et ne traitent pas uniquement de sujets négatifs ou de terrorisme, sinon certaines personnes se détourneront des médias. Nous ne voulons pas faire en sorte que les gens n’osent plus sortir de chez eux car c’est précisément ce que veulent les terroristes".

 

© VRT - Joost Joossen