Les partis flamands de la majorité opposés à un "Patriot Act" belge

Dans un entretien publié il y a deux jours, le bourgmestre d’Anvers et président de la N-VA, Bart De Wever, proposait la rédaction d’un "Patriot Act" inspiré de l'exemple américain. Il permettrait par exemple aux bourgmestres, à la police et la Sûreté de l'Etat de pouvoir obtenir des informations plus facilement et agir de manière préventive. Son idée est toutefois loin de faire l’unanimité au sein des autres partis flamands de la majorité.

"C'est quand même fou que je ne puisse intervenir qu'après la perpétration d'une infraction, alors que je sais où se trouvent les jeunes radicalisés. Je ne peux pas faire fermer une maison suspecte, je ne peux pas mettre de téléphone sur écoute ou faire enfermer quelqu'un de manière préventive. Avec une gouvernance renforcée, ce serait possible", avait indiqué le bourgmestre d'Anvers dans les quotidiens Gazet van Antwerpen et Het Belang van Limburg.

Bart De Wever a annoncé préparer des initiatives législatives afin de mettre un "Patriot Act" sur la table du gouvernement à la rentrée. Pour lui, cette version belge de la loi antiterroriste votée par le Congrès américain dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, est une "priorité absolue".

"Les Etats-Unis ont eu besoin d’un ‘Freedom Act’ pour rétablir leur liberté"

"Après le Patriot Act, les Etats-Unis ont eu besoin d'un Freedom Act pour rétablir leur liberté", a réagi la présidente de l'Open Vld, Gwendolyn Rutten, à la proposition du bourgmestre d'Anvers.

Gwendolyn Rutten a rappelé que les Etats-Unis ont voté l'année dernière un Freedom Act pour imposer notamment de nouvelles limites à la National Security Agency (NSA), qui s'était vue accorder des droits supplémentaires pour massivement collecter des informations après le 11 septembre.

"Dire qu'il faut choisir entre sécurité et liberté, c'est créer un faux dilemme", affirme la présidente des libéraux flamands. "Une démocratie place la barre haut et ne choisit pas entre l'un et l'autre. Nous pouvons et voulons avoir les deux."

"La peur est mauvaise conseillère"

Même si elle peut être concrète et compréhensible dans le chef de la population, la peur est mauvaise conseillère pour les dirigeants, a réagi le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V).

"Je plaiderais davantage pour une poursuite du renforcement de la législation existante, comme l'a fait le ministre français de la Justice la semaine passée", répond M. Geens. La réponse à la peur passe par des actes concrets et non par des grandes phrases, poursuit-il.

Le ministre souligne que de nombreuses dispositions qui tomberaient sous le coup du "Patriot Act" sont déjà possibles en Belgique à l'heure actuelle ou le seront prochainement. M. Geens cite notamment la législation sur les techniques d'enquête particulières et l'élargissement de la détention préventive pour les suspects de terrorisme. Ces nouvelles mesures sont toujours introduites "avec le contrôle nécessaire et sous la surveillance des instances compétentes", insiste Koen Geens.