Une dernière "standing ovation" pour Toots

Des centaines de personnes ont assisté samedi à La Hulpe, près de Bruxelles, aux funérailles du musicien et compositeur belge Toots Thielemans, le roi mondial de l'harmonica, décédé lundi à 94 ans.

Un écran géant avait été déployé à l'extérieur de l'église pour retransmettre la cérémonie, à laquelle ont assisté des musiciens de jazz, qui ont joué quelques morceaux, ainsi que plusieurs personnalités, dont le Premier ministre Charles Michel, le prince Laurent, ou encore les chanteurs Lou Deprijck et Will Tura.

L'arrivée du corps a été saluée par une salve d'applaudissement. Plusieurs centaines de personnes se sont massées aux alentours de l'église dont le parvis s'est couvert de nombreuses fleurs. L'intérieur de l'édifice était réservé aux membres de la famille et aux amis de Toots Thielemans.

Le lancement des funérailles a commencé par la diffusion de Bluesette, un des airs les plus célèbres de Toots Thielemans. Les invités qui ont pris la parole en début de cérémonie ont tous souligné l'humilité et la simplicité du jazzman.

Le musicien américain Kenny Werner a lu en anglais un message de Barack Obama et s'est rappelé l'obsession de Toots Thielemans de jouer toujours mieux chaque jour et de trouver du neuf, malgré sa carrière impressionnante. Bart De Nolf, en néerlandais, a aussi évoqué l'attention portée par Toots Thielemans aux jeunes talents.

Pour les membres de sa famille qui ont pris la parole avec beaucoup d'émotion dans l'église, le musicien à l'impressionnante carrière internationale était simplement "Mon onc' Jean". Sa filleule a rappelé que lorsqu'il la voyait, Toots Thielemans lui demandait toujours de lui faire "le plus petit bisou du monde".

A plusieurs reprises durant la messe, des morceaux joués par le célèbre jazzman belge ont également été diffusés dans l'église, dont un "Ne me quitte pas" à l'harmonica. Des applaudissements ont également salué la diffusion d'une mélodie composée et jouée par Toots Thielemans sur l'Ave Maria de Gounod.

Durant l'offrande, des musiciens de jazz réputés ont joué plusieurs morceaux dans l'église. Kenny Werner était au piano, Bart De Nolf au violoncelle, et Philip Catherine à la guitare. La cérémonie s'est terminée par une très longue standing ovation - "ce que Toots aimait le mieux" - d'hommage au jazzman, avant la diffusion de la Brabançonne et d'un dernier air d'harmonica.

Un géant parmi les grands

Toots Thielemans est décédé lundi à 94 ans, "dans son sommeil", un mois après avoir été hospitalisé pour s'être blessé à l'épaule lors d'une chute. Il résidait à La Hulpe, à 20 km au sud de Bruxelles, où un festival de jazz porte son nom depuis deux ans.

Monument du monde du jazz, il a joué avec les plus grands: Ella Fitzgerald, Bill Evans, Frank Sinatra, Ray Charles ou encore Jaco Pastorius. Il a aussi accompagné Nick Cave, Paul Simon, Billy Joel ou Stevie Wonder.

"Tu laisseras un vide éternel dans mon âme", avait réagi sur Twitter son grand ami le musicien et producteur américain Quincy Jones, qui le considère "sans hésitation" comme "l'un des plus grands musiciens de notre temps".

Né le 29 avril 1922 à Bruxelles dans le quartier populaire des Marolles où ses parents tenaient un estaminet, l'éternel moustachu, également guitariste de talent, est le premier à avoir donné ses lettres de noblesse à l'harmonica chromatique.

Au tournant des années 1950, il s'installe aux Etats-Unis, où il accompagne le saxophoniste Charlie Parker, avant de revenir en Europe pour une tournée aux côtés du célèbre clarinettiste new-yorkais Benny Goodman.

Après le succès de "Bluesette" en 1962, devenu un standard, il joue à l'harmonica le thème du film "Midnight Cowboy", de John Schlesinger (1969) et, plus tard, celui de "Jean de Florette", de Claude Berri (1986). Il interprète aussi le célèbre générique de l'émission pour enfants des années 70 "Sesame Street".

En 1957, il devient citoyen américain, mais récupérera la double nationalité en 2001, lorsqu'il est fait baron par le roi Albert II, lui qui est l'un des Belges les plus célèbres, l'égal aux yeux de ses compatriotes d'Eddy Merckx dans le domaine sportif. Sentant ses forces diminuer, il avait mis un terme à sa carrière en 2014.