Bain de sang social chez Caterpillar Gosselies

L'usine d'assemblage de Caterpillar à Gosselies va fermer ses portes, a indiqué vendredi matin le président de la FTGB Hainaut Namur, Antonio Cocciolo, alors que se tenait un conseil d'entreprise extraordinaire sur le site carolo. La société employait encore 2.200 personnes. Quelques ouvriers de Caterpillar se sont emparés d'engins, des pelleteuses notamment, et bloquent le site.

Cette annonce marque une nouvelle étape dans un plan de restructuration mondiale, déjà notifié en septembre 2015 lorsque le multinationale préfigurait la suppression de 10.000 emplois d'ici 2018, soit 9% de ses effectifs. Les résultats 2015 de l'entreprise affichaient quant à eux des chiffres en forte baisse, poussant le groupe à abaisser ses prévisions pour 2016.

Le constructeur d'engins et de matériel de chantier américain avait déjà dégraissé le site carolo au printemps 2014, lorsque 1.331 travailleurs avaient été licenciés.

Dans la foulée de résultats trimestriels mitigés, le groupe avait annoncé fin juillet 2016 que face à "une conjoncture morose" il continuerait à réduire ses effectifs.

Un conseil d'entreprise extraordinaire avait été convoqué ce vendredi au siège de Caterpillar à Gosselies (Charleroi). Une réunion identique est prévue dans d'autres sièges européens du groupe.

La miltinationale américaine est établie à Gosselies depuis 1965, et constitue le deuxième centre de production Caterpillar le plus important au monde.

L'usine, qui occupe une surface de 98 hectares, produit sur le site des chargeuses sur pneus et des pelles hydrauliques ainsi que des composants tels que cylindres et distributeurs hydrauliques, engrenages, essieux et réducteurs. Une écrasante part de la production est destinée à l'exportation.

Les volumes de Gosselies transférés vers Grenoble

La direction du constructeur d'engins de génie civil a fait savoir qu’elle envisage de transférer les volumes réalisés sur son site de Gosselies vers Grenoble, en France, et vers d'autres sites dans le monde.

Pour Caterpillar, cette annonce entraîne le début de la phase d'information et de consultation avec les partenaires sociaux, ce qui pourrait se traduire par un licenciement collectif.

Le recours à des fournisseurs extérieurs est également évoqué, entre autres pour certaines pièces fabriquées jusqu'ici à Gosselies.

"Nous devons envisager des initiatives afin de réduire notre capacité d'assemblage et les coûts et d'ainsi nous aligner sur la baisse de la demande", a commenté Tom Pellette, responsable de la division "Construction Industries" au sein de la société américaine. "Si ces intentions étaient confirmées, nous apporterions notre soutien à la direction locale en vue de limiter les conséquences sur nos employés et leurs familles", a-t-il ajouté.

Au cours de la phase d'information et de consultation, Caterpillar assure sa volonté d'engager un dialogue constructif avec les syndicats en vue de minimiser l'impact social.

"L'abattement avant la colère"

La première réaction à l'annonce de la fermeture du site de Caterpillar à Gosselies a été l'abattement mais il va désormais falloir gérer la colère, expliquait vendredi Cathy Verhaeghen, déléguée principale Setca, à la sortie de l'entreprise.

Seul le responsable américain de l'entreprise s'est exprimé au nom de la direction lors de la réunion du conseil d'entreprise, a indiqué Cathy Verhaeghen. "Nous avons compris que si un Américain était présent, c'est que la décision serait importante. Jusque là, on se disait qu'au pire, il serait question de 400 ou 500 suppressions de postes. Cela nous est tombé dessus comme un coup de massue. Certains pleuraient, comme moi", a-t-elle témoigné.

Les travailleurs sont abattus et stupéfaits par la fermeture du site, ajoute-t-elle. "Mais nous devons continuer à faire fonctionner l'usine jusqu'en avril 2017. C'est ce qu'ils espèrent mais ce ne sera pas facile. Il va y avoir de la colère, difficile à gérer, pendant que nous allons négocier pour tenter d'obtenir les meilleures conditions possibles pour ceux qui devront partir."

Les premiers signes de cette colère sont apparus dès la matinée de vendredi, lorsque des travailleurs ont déplacé des engins de chantier pour bloquer les grilles de l'entreprise. Plusieurs combis de police ont d'ailleurs été appelés et sont restés en stationnement aux alentours du siège, dont une partie du personnel quittait les parkings.