Fermeture Caterpillar: Les responsables politiques "scandalisés"

Le Premier ministre Charles Michel a appelé vendredi à l'union sacrée avec le gouvernement wallon et les syndicats pour soutenir les 2.200 travailleurs frappés par l'annonce de la fermeture de l'usine. D’autres voix se sont levées pour dénoncer ce qu’elles qualifient de scandale.

"C'est une décision brutale et un drame social. Je souhaite être totalement mobilisé dans une union sacrée politique avec le gouvernement wallon pour soutenir les travailleurs et leur famille", a déclaré le Premier ministre à l'issue d'un comité ministériel restreint.

M. Michel a quitté Bruxelles en fin de matinée pour se rendre à Namur, au siège du gouvernement wallon, en compagnie du ministre de l'Emploi, Kris Peeters. Ils rencontreront, avec certains membres de l'exécutif régional, les représentants syndicaux d'une part et la direction d'autre part.

Le Premier ministre s'est déjà entretenu vendredi matin avec le ministre-président wallon Paul Magnette. Il a insisté sur l'importance d'une coordination entre le gouvernement fédéral, le gouvernement régional et les syndicats. "Nous devrons voir comment réunir nos forces de façon à répondre le mieux possible à cet enjeu", a-t-il ajouté.

"L'urgence, ce sont les personnes"

Paul Magnette, le ministre-président wallon et bourgmestre en titre de Charleroi, s'est dit atterré et scandalisé par l'annonce de la fermeture du site de Gosselies. Il recevra les organisations syndicales sous peu et convoquera la direction de Caterpillar dans la journée.

Une réunion avec le Premier ministre Charles Michel et le ministre de l'Économie Kris Peeters est également envisagée à Namur, pour examiner l'urgence, les possibilités de reclassement, l'avenir du site, etc.

"L'urgence, ce sont les personnes", a souligné M. Magnette (PS). Il se dit scandalisé par cette annonce de fermeture, alors que le site a toujours été "énormément soutenu par les pouvoirs publics", notamment après la dernière restructuration.

Paul Magnette souligne aussi les "énormes efforts" fournis par les travailleurs ces dernières années en termes de productivité et de maintien de l'activité. Il dénonce une manière d'agir "aveugle" de la part de la direction, "sans aucune concertation".

"Un front uni jusqu'à l'Europe pour soutenir les travailleurs"

Le président du MR Olivier Chastel s'est dit choqué par l'annonce de la fermeture de Caterpillar Gosselies. Le Carolorégien en a appelé à un front uni pour soutenir les travailleurs et, à plus large échelle, à une réindustrialisation de l'Europe.

"C'est un vendredi noir pour Charleroi alors que la ville célèbre ce week-end son 350e anniversaire et se souvient notamment de son riche passé industriel", souligne Olivier Chastel. Il juge important "d'afficher un front uni pour soutenir les travailleurs", notamment lors d'une réunion ce vendredi à 11h30 du Comité de Développement Stratégique de Charleroi-Sud-Hainaut, qui rassemble toutes les forces vives politiques, syndicales et patronales de la région.

"J'en appelle tant au gouvernement fédéral, à son Premier ministre et à son ministre de l'Emploi qu'au gouvernement wallon, son ministre-président, ses ministres de l'Économie et de l'Emploi, pour être aux côtés des travailleurs et faire face à une situation dramatique pour 2.200 familles".

Olivier Chastel souhaite enfin que l'Europe s'implique dans ce dossier. "Il est temps de réindustrialiser l'Europe. L'industrie européenne est indispensable à la résolution des nombreux défis que l'Union doit affronter. Elle doit favoriser le développement d'une réelle politique industrielle en matière de recherche et développement, d'efficacité énergétique et d'innovation, de création de groupes européens devant permettre au secteur industriel d'insuffler davantage de croissance économique", conclut le président du MR.

"Sauver un maximum d'emplois"

Le cdH s'est également dit scandalisé par cette fermeture. Il en appelle à la collaboration des gouvernements fédéral et wallon pour "sauver le maximum d'emplois" et attend l'envoi d'un conciliateur social.

"C'est un véritable choc social, un séisme humain qui nous touche tous ce matin. A Charleroi, chacun connait un ami, une maman, un père de famille, un fils qui travaille à Caterpillar", a commenté la députée wallonne et cheffe de file cdH de la Ville de Charleroi, Véronique Salvi.

"Les gouvernements fédéral et wallon doivent travailler ensemble, avec les représentants des travailleurs, pour amener des propositions alternatives et sauver le maximum d'emplois. Le cdH demande également que le ministre (fédéral de l'Économie, Kris) Peeters envoie un conciliateur social. Il est tout aussi urgent d'analyser tous les avantages fiscaux dont aurait pu bénéficier Caterpillar et qui n'ont pu empêcher cette catastrophe sociale", selon la cheffe de groupe à la Chambre Catherine Fonck.

"Une logique de profit aveugle"

Ecolo a pour sa part dénoncé "la logique de profit aveugle" de Caterpillar. "Solidaire des travailleurs", Ecolo dit "refuser de se résigner à cette annonce" et appelle les forces vives carolos à se mobiliser.

Pour les Verts, "cette option du management de Caterpillar est d'autant plus incompréhensible et difficile à avaler que, depuis six ans, des sacrifices importants ont été demandés aux travailleurs, que l'entreprise profite largement des avantages fiscaux non-conditionnés (intérêts notionnels, tax shift, etc) mis en place par le gouvernement fédéral et distribue des dividendes toujours plus importants à ses actionnaires".

Rappelant que Caterpillar Belgique restait une société en bénéfice, le co-président d'Ecolo Patrick Dupriez a dit voir dans ce nouveau drame "une illustration de plus d'un capitalisme débridé et cynique qui profite des largesses des autorités publiques mais refuse de s'engager durablement dans le développement d'une région".

Ecolo réclame aussi une politique de redéploiement industriel du bassin carolo et de toute la Wallonie basée sur "une main d'oeuvre qualifiée, un savoir-faire, une position centrale sur la carte européenne, et sur les enjeux du futur, notamment ceux liés à l'autonomie énergétique et la rénovation du bâti".