Vague d’indignation après des propos racistes à la Chambre

De vifs échanges entre parlementaires sur la situation de l’emploi a donné lieu jeudi à un dérapage raciste de la part du député Open VLD, Luk Van Biesen, qui, selon plusieurs de ces collègues présents dans l’hémicycle, aurait appelé la députée SP.A Meryame Kitir à "retourner au Maroc". Ces propos ont vivement été condamnés par la classe politique. Luk Van Biesen a depuis présenté des excuses publiques.

La situation de l'emploi, en particulier à Caterpillar, a donné lieu à quelques échanges soutenus sur la prise en charge des travailleurs âgés qui risquent leur emploi. Certains parlementaires demandent que les travailleurs âgés de Caterpillar puissent bénéficier d'un statut d'exemption à l'instar de celui qui avait permis à certains des ouvriers de Ford Genk de bénéficier de la prépension.

Meryame Kitir s'en est elle-même émue, soulignant la responsabilité des employeurs qui ne veulent pas engager de travailleurs âgés. Celle-ci a été interpellée à la suite de son intervention par Luk Van Biesen, une intervention qui a suscité quelque agitation sur les bancs avoisinants.

Prenant à son tour la parole, Kristof Calvo (Groen - petite photo) a alors dénoncé publiquement l'attitude du député libéral flamand qu'il a accusé d'avoir invité Mme Kitir à "retourner au Maroc". Face à l'attitude scandalisée de l'assemblée, l'intéressé a nié avoir tenu de tels propos. Le président de la Chambre Siegfried Bracke a pris la parole pour indiquer que "si les allégations étaient avérées", il considérerait le propos comme "inacceptable" et inviterait l'intéressé à "présenter des excuses".

Quelques instants plus tard, après un aller retour, Luk Van Biesen a indiqué depuis sa place dans l'hémicycle que "si ses propos avaient été mal compris, il s'excusait". Il a ajouté avoir voulu rassurer les travailleurs de Caterpillar qui n'auront selon lui pas de peine à convaincre d'autres employeurs vu leurs qualifications.

Meryame Kitir n'a pas goûté à ce qu'elle ne considère pas comme des excuses et exigé un entretien avec le président de la Chambre à l'issue d'un incident qualifié de "très grave". La cheffe de groupe socialiste flamande a dénoncé qu'un parlementaire, avec sa fonction d'exemple, puisse se laisser aller à un tel dérapage à une époque où le racisme a repris vigueur dans la société.

Sanctions impossibles au sein de la Chambre

Le président de la Chambre Siegfried Bracke (photo) a qualifié d'"indécents" et de "déplacés" les propos prêtés à Luk Van Biesen. "Ce sont des propos qu'on ne doit pas entendre en dehors d'une enceinte parlementaire, et encore moins dans l'hémicycle", a-t-il réagi.

Comme la majorité des députés, M. Bracke, pas plus que la greffière et son adjoint, n'ont pu entendre la remarque de Luk Van Biesen. Il a cependant indiqué que plusieurs députés lui avaient confirmé avoir entendu l'appel à "retourner au Maroc".

Condamnant ce type de propos, Siegfried Bracke a toutefois souligné qu'il se trouvait dans l'impossibilité d'envisager des sanctions à l'endroit d'un député, au nom de la liberté d'expression totale et l'immunité dont jouissent les parlementaires dans l'exercice de leur fonction. "On continuera donc à dire ce qu'on veut au parlement, ce qui ne m'empêchera pas de persister à marquer mon désaccord avec ce type de propos", a conclu M. Bracke.

Excuses publiques

Ce vendredi, Luk Van Biesen a tenu à présenter des excuses publiques pour avoir prononcé des "mots blessants" à l'endroit de la cheffe de groupe sp.a. Meryame Kitir s'est dite satisfaite que M. Van Biesen reconnaisse ses torts et considère que l'incident est dorénavant clos.

 "Je veux clairement dire que je suis désolé d'avoir prononcé les mots blessants et offensants, et d'avoir blessé Mme Kitir et la communauté marocaine", a déclaré à la presse Luk Van Biesen, aux côtés de Meryame Kitir, avec laquelle il venait d'avoir un entretien.

"Je veux dire clairement que ces mots ne font pas partie de mon vocabulaire. Je ne suis pas raciste, je ne l'ai jamais été, je le serai jamais demain. Le racisme n'a pas sa place dans cette assemblée, ni ailleurs", a ajouté d'un air contrit et mal à l'aise M. Van Biesen, député depuis 12 ans et jusqu'ici inconnu du grand public.

"Je suis contente qu'il y ait eu une discussion, que Luk ait accepté l'invitation d'avoir une discussion constructive. Je suis contente que le problème ait été reconnu. C'est un signal que le racisme n'a pas sa place, dans cette maison ni ailleurs. Je suis contente qu'il y ait pu y avoir un dialogue entre nous et que nous puissions désormais adresser un message ensemble contre le racisme", a répondu Mme Kitir.