Les mendiants souvent victimes d’exploitation

De plus en plus fréquemment, les mendiants sont la cible d’exploitation, une forme sous-estimée de traite des êtres humains, indique le Centre fédéral migration Myria, qui présentait son rapport annuel ce jeudi. Ce groupe "particulièrement vulnérable" est principalement composé de Roms originaires de certaines parties de l’Europe de l’Est. Les mendiants sont souvent aussi forcés à commettre des délits ou font l’objet d’exploitation sexuelle.

Le rapport s'inquiète du "peu d'intérêt" porté aux mendiants exploités par des réseaux criminels. En Belgique, les parquets ont ouvert peu de dossiers de traite des êtres humains aux fins d'exploitation de la mendicité ces dernières années: Myria en a dénombré 10 l'année dernière, contre 14 en 2014. Environ la moitié sont par ailleurs classés sans suite en raison des difficultés à prouver l'exploitation et à identifier les responsables.

La mendicité, même en présence de mineurs d'âge, n'est pas punie par la loi contrairement à l'incitation et à l'exploitation de la mendicité. "Les mendiants exploités sont des victimes potentielles de traite des êtres humains et ne doivent pas être simplement considérés comme une nuisance", insiste Myria, qui veille aux droits fondamentaux des étrangers.

Le Centre fédéral migration distingue principalement deux types de dossiers d'exploitation de la mendicité: ceux impliquant des adultes Roms handicapés, sortis des centres spécialisés de leur pays d'origine par des réseaux familiaux puis envoyés en Belgique, et les "mixtes" qui concernent particulièrement les mineurs.

Il est nécessaire de recourir à des techniques d'enquête spécifiques pour démanteler ces réseaux, notamment en analysant les flux financiers, ajoute Myria. "La Belgique est un pays de transit, il faut donc une coopération internationale, car le démantèlement des cellules locales se révèle souvent inefficace", poursuit Ann Lukowiak, magistrate dans l'arrondissement judiciaire de Flandre orientale.

Une nouvelle circulaire des procureurs généraux (COL), entrée en vigueur le 1er octobre, contient d'ailleurs des directives plus précises pour appréhender le phénomène avec davantage d'efficacité. Chaque parquet dispose désormais d'un magistrat spécialisé en traite des êtres humains.