Michel appelle la majorité à prendre ses responsabilités

Lors de la séance plénière à la Chambre, ce jeudi après-midi, le Premier ministre Charles Michel (photo) a appelé les partis du gouvernement fédéral à surmonter leur division et à prendre leur responsabilité pour parvenir rapidement à un accord sur les réformes qu’ils veulent mener. Entretemps, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a indiqué à la VRT que cela ne poserait pas de problème si la Belgique ne rend son projet de budget 2017 que lundi, au lieu de ce vendredi.

Alors que son gouvernement n’était toujours pas parvenu à s’accorder sur un budget 2017 et surtout sur des réformes à mener, que les principaux ministres ne s’étaient plus retrouvés autour d’une table de négociations depuis lundi soir - et que Charles Michel a discuté depuis avec les partis de la majorité séparément -, le Premier ministre était à la Chambre ce jeudi après-midi pour y répondre aux questions, comme le lui impose la loi.

Il y a appelé les partis de la majorité à prendre leurs responsabilités pour parvenir à un accord. "Les derniers jours et les dernières heures n'ont pas été simples. Je voudrais m'adresser à la majorité, lui dire ma conviction: ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. Nous devons le démontrer et nous le démontrerons", a lancé Michel devant la Chambre.

Il y a un accord sur les principes du budget, a indiqué le Premier ministre libéral, assurant que le pouvoir d'achat serait soutenu, que l'indexation était préservée, qu'il n'y aurait pas de nouvelles taxes sur le travail et la consommation et que l'assainissement des finances publiques serait poursuivi.

Les divisions subsistent en revanche sur les réformes qui doivent accompagner ce budget et conditionnent celui-ci. "Il y a un accord sur le budget à condition que nous soyons en état de faire les derniers arbitrages sur les réformes dans les heures ou jours qui viennent".

Charles Michel a énuméré de manière très générale ces réformes: flexibilité du marché du travail, révision de la loi de 1996 sur la compétitivité des entreprises, agenda numérique, réforme de l'impôt des sociétés, fiscalité juste (l'un des points problématiques, réclamé par le CD&V) et stratégie d'investissement.

"A quelques heures d’un accord"

"Au moment où je vous parle, il reste quelques efforts à concrétiser et quelques pas à faire les uns vers les autres", a ajouté Michel. Le gouvernement quasiment au complet entourait le Premier ministre. La majorité ne s'est pas exprimée.

L'opposition a quant à elle jugé sévèrement l'appel de Charles Michel: "Vous avez donné l'image d'un homme aux abois qui quémandait la solidarité de sa majorité", a fustigé la cheffe de groupe PS, Laurette Onkelinx, tandis qu'Olivier Maingain (DéFI) n'hésitait pas à parler d'"humiliation". "Nous n'avons pas vu souvent ici un Premier ministre lancer un cri d'alarme à sa majorité", a dit pour sa part Jean-Marc Nollet (Ecolo).

Les mesures adoptées dans le cadre du budget ont été en bonne partie éventées ces derniers jours, notamment des économies de 900 millions d'euros dans les soins de santé qui inquiètent particulièrement les groupes de l'opposition. "Heureusement, tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout, il n'y a d'accord sur rien", a fait remarquer la cheffe de groupe CDH, Catherine Fonck, avant d'exhorter le gouvernement à changer de cap.

Le président de la N-VA, Bart De Wever, a fait une brève apparition pendant le débat, préférant quitter l'hémicycle lorsqu'il a été pris à partie par Marco Van Hees (PTB). La photo de lui prise pendant le débat, alors qu'il lisait son journal à la buvette des parlementaires (photo), a suscité les commentaires acerbes de plusieurs députés de l'opposition.

Moscovici : "Une petite marge jusqu’à lundi" pour le budget

La Belgique ne risque pas vraiment de sanction si le gouvernement fédéral remet sa copie budgétaire après le 15 octobre, date fixée par les règles européennes pour que les Etats membres de la zone euro publient leur projet de budget pour l'année suivante. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici (photo) a même indiqué ce jeudi à la VRT que cela ne poserait pas problème si la Belgique déposait son projet de budget lundi

Trois échéances sont fixées par le "two pack", un ensemble de règles entrées en vigueur en 2013 pour augmenter la transparence des décisions budgétaires nationales et renforcer la coordination dans la zone euro: le 30 avril au plus tard, les Etats membres doivent publier leur plan budgétaire à moyen terme et leurs priorités en matière d'emploi et de croissance. Le 15 octobre au plus tard, ils doivent transmettre leur projet de budget pour l'année suivante. Et le 31 décembre au plus tard, ils doivent avoir adopté leur budget pour l'année qui vient.

La Commission, elle, examine les projets de budget et émet un avis à leur sujet le 30 novembre. Si elle constate des manquements graves aux obligations découlant du pacte de stabilité et de croissance, elle demandera à l'État membre concerné de lui présenter un plan révisé.

Il n'est cependant pas rare que des pays ne respectent pas strictement l'échéance du 15 octobre. La Belgique avait déjà remis sa copie en retard en 2014 - mais le retard était alors justifié par la formation du gouvernement le 14 octobre.