Reconstruction mammaire : les chirurgiens rappelés à l’ordre

La ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block (Open VLD), a l’intention de prendre des "mesures complémentaires" s’il s’avère que les hôpitaux et chirurgiens plastique persistent à exiger des suppléments de plusieurs milliers d’euros pour la reconstruction mammaire, en dépit d’un accord passé il y a trois mois au sein de la commission médico-mutuelliste. "J’ai beaucoup de respect pour les chirurgiens, mais pour un médecin tout ne peut tout de même pas tourner autour de l’argent", déclarait Maggie De Block dans l’émission "De Ochtend" de la VRT.
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L’accord scellé il y a 3 mois au sein de la commission médico-mutuelliste prévoit l'interdiction des suppléments dits d'esthétique et pour les chambres à deux lits, ainsi qu'une adaptation des honoraires pour les quelque 1.500 femmes qui subissent une telle intervention chaque année à la suite d'un cancer.

Mais selon les quotidiens De Standaard et Gazet van Antwerpen, trois mois plus tard, aucun des hôpitaux du pays ne respecte cet accord et les chirurgiens refusent de signer l’accord. Ils continuent d'exiger de leurs patientes ces suppléments pour plusieurs milliers d'euros. Les mutualités socialistes dénoncent la situation, menaçant d'aller en justice.

Invitée dans l’émission "De Ochtend" (Radio 1) de la VRT, ce jeudi matin, la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block (photo), a crié au "scandale". Sans se prononcer plus avant, elle entend prendre des "mesures complémentaires" si les hôpitaux persistent dans leur démarche.

"Je respecte le travail des chirurgiens. Mais un médecin ne peut quand même pas avoir l'argent pour seul intérêt?", s’écriait-elle, rappelant que ce type d'opération n'est pas un luxe pour les patientes du cancer. "Il ne s'agit pas non plus dans leur chef de considérations éthiques, mais bien de reconstruction de leur corps", a-t-elle précisé.

Et la ministre de rappeler : "Le gouvernement a procédé à une redistribution, afin que 4 millions d’euros supplémentaires puissent être débloqués chaque année pour les honoraires. Ces derniers ont augmenté, en déboursant près de 3.000 euros de la part du gouvernement. Les suppléments dépassent maintenant les limites, pour atteindre plus de quelques 100%".

De son côté, l'association belge des syndicats médicaux (Absym) estime "regrettable" que "les chirurgiens plasticiens refusent de signer une proposition d'accord relative à la chirurgie reconstructrice par tissus autologues des femmes atteintes d'un cancer du sein ou qui y sont prédisposées génétiquement", fait-elle savoir jeudi dans un communiqué.

Elle exhorte les chirurgiens plasticiens à signer la proposition d'accord.

Jusqu’à 600 euros par heure

Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a calculé combien coûte une reconstruction mammaire avec des tissus propres, à la suite d’un cancer. Il est parvenu à un montant allant de 1.125 à 2.584 euros.

Selon le nouvel accord, l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami) payerait 3.772,4 euros par opération (y compris la reconstruction du mamelon et d’un tatouage).

Les mutualités socialistes a ainsi calculé que les chirurgiens gagnent en moyenne 300 euros par heure. Si la patiente loge d’une une chambre individuelle, le prix peut monter à 600 euros par heure, parce que le chirurgien peut alors comptabiliser 100% de supplément.

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