Une activation des réserves stratégiques cet hiver ?

L’offre en électricité devrait couvrir la demande cet hiver en Europe, mais la situation pourrait devenir critique en France et affecter alors les pays voisins, comme la Belgique. Le gestionnaire belge Elia n’exclut donc pas une éventuelle activation des réserves stratégiques.
HOUIN / BSIP

La France devrait se passer de 13 centrales nucléaires sur un total de 58 en décembre et de neuf sur 58 début janvier, en raison de tests de sécurité ou pour maintenance.

"Cela peut conduire à une situation tendue en cas de forte vague de froid de début décembre à début février. La situation en France pourrait affecter les pays voisins", en l'occurrence la Belgique et le Royaume-Uni, met en garde Entso-E, l’association des gestionnaires européens.

Ce dernier précise que le risque pourrait se présenter en cas de températures inférieures d'au moins 3°C par rapport aux températures normales de décembre et inférieures d'au moins 5°C par rapport aux températures normales en janvier. En cas d'hiver particulièrement rude, la Belgique est dépendante des importations pour répondre à la demande d'électricité.

Le gestionnaire du réseau français RTE et son homologue belge Elia, travaillent activement, avec les gestionnaires de réseaux voisins, à l'optimisation des capacités transfrontalières (interconnexion renforcée) pour faire face à ces conditions de marché spécifiques, constate encore l'association européenne. Elle rappelle que RTE et Elia ont la possibilité, si nécessaire, de faire appel à des unités de production d'électricité de réserve (la réserve stratégique de 750 MW, en Belgique) ou de demander à des consommateurs industriels de réduire leur consommation lors de pics de demande.

Risque de pénurie ?

Dans un communiqué, Elia souligne qu'une éventuelle activation de réserves stratégiques "ne signifie pas qu'il est alors question de pénurie." De plus, le réacteur nucléaire Doel 3 devrait redémarrer dans le courant du mois de décembre. "Compte tenu des circonstances dont nous avons connaissance, des réserves stratégiques, des possibilités d'importation et des mesures auxquelles Elia peut faire appel en cas de risque de pénurie, aucune activation du plan de délestage n'est prévue pour cet hiver", conclut Elia.

Les prévisions hivernales d'Entso-E soulignent encore que les capacités de production d'électricité en Europe sont supérieures de 11 GW par rapport à l'année passée, ce qui "est largement attribuable à l'expansion des sources d'énergies renouvelables, principalement l'éolien et le solaire, alors que la production conventionnelle est restée stable".

Une analyse d'Entso-E et d'Entsog, qui regroupe les gestionnaires européens de réseaux gaziers, suggère par ailleurs qu'une possible interruption du transit du gaz russe par l'Ukraine cet hiver n'entamerait pas la sécurité d'approvisionnement électrique en Europe.