Francken: "La baronne peut aussi financer la famille syrienne au Liban, non ?"

Hier soir, le gouvernement fédéral a invité la famille d'Alep, à qui la Belgique refuse d'accorder un visa humanitaire, à solliciter un accueil au Liban. Une proposition immédiatement rejetée par les avocats de la famille. Mais pour le secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, cela reste la meilleure solution. Il estime que les parents et leurs deux enfants seront hors de danger au pays du cèdre et ne comprend pas ce refus.

Le gouvernement belge a eu durant le week-end des contacts diplomatiques avec le Liban. A l'issue de ces contacts, les avocats du secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken (N-VA) ont adressé un courrier aux avocats de la famille d'Alep pour expliquer qu'un accueil est bien possible dans ce pays frontalier de la Syrie, qui a déjà la plus forte densité de réfugiés par habitant.

Le Liban reste souverain pour décider de la délivrance d'un visa humanitaire. Les contacts diplomatiques positifs au plus haut niveau laissent toutefois entrevoir qu'une demande devrait recevoir une issue favorable à court terme.

Francken émet des doutes quant à la situation de la famille

Les avocats de la famille syrienne n’ont toutefois pas tardé à réagir. Proposer à la famille syrienne de solliciter des visas humanitaires libanais plutôt que belges, "c'est soit penser que nous sommes les derniers des imbéciles, soit parfaitement cynique", a déclaré Me Olivier Stein.

De son côté, Theo Francken ne comprend pas ce refus. "Nous avons travaillé sur une piste qui offre à court terme une solution face au danger extrême de mort dans lequel ils affirment se trouver. C’est tout de même la chose la plus importante", a réagi le secrétaire d’Etat. "J’ai cru comprendre que la baronne (qui propose un accueil en Wallonie, ndlr) est un sponsor pour la famille. Ce sponsor doit-il être pour autant avoir lieu ici ? Ne peut-il pas avoir lieu là-bas ?", a-t-il encore commenté.

Selon le secrétaire d’Etat belge, le Liban est un lieu sûr pour les Syriens. "S’ils sont effectivement en danger de mort, il relèverait quand même de leur responsabilité d’accepter cette proposition. Mais ils refusent, ce qui me fait naturellement douter de la situation. Mieux vaut être accueilli au Liban, dans des conditions éventuellement moins bonnes, que de rester à Alep, non ?".

Accueilli à coups de chaussures

Hier soir, le débat organisé à Gosselies par le MR et lors duquel Theo Francken devait s'exprimer sur la politique migratoire, a été chahuté dès les premiers instants. Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés en début de soirée devant l'hôtel Charleroi Airport, où avait lieu l'évènement.

Les militants se sont réunis devant l’entrée de l’établissement, en brandissant des panneaux "Un visa pour Francken", en scandant "Nous sommes tous des enfants d'immigrés, première, deuxième, troisième génération" ou encore "Francken facho, MR collabo". A son arrivée, Theo Francken a été hué. Des verres et des chaussures ont valsé au-dessus de sa tête.

Les protestataires ont pu pénétrer dans l'entrée de l'hôtel, mais un important service d'ordre a été déployé, les empêchant d'accéder à la salle comble où devait se tenir la conférence. Le débat a toutefois été interrompu dès les premiers instants.

"Suivre la décision des juges serait un pas trop loin"

Après les incidents qui ont émaillé la soirée, Theo Francken a longuement détaillé la politique menée par le gouvernement en matière d'immigration. Il a évoqué les évolutions de la législation sur les étrangers, notamment en matière de permis de séjour, et les dispositions permettant de les réguler davantage. Concernant les catégories qui ont fait l'objet de décisions particulières, il a cité l'imam de Dison et abordé, plus généralement, le screaning plus intensif qui a été décidé.

Au sujet de la politique internationale, il a rappelé les conséquences de la chute de Kadhafi, l'afflux de migrants et les tensions suscitées en Grèce. Il a aussi évoqué la difficulté pour l'Europe de parvenir à un accord avec la Turquie, dont il ne faut pas "sous-estimer" ce qu'elle fait pour les réfugiés, selon le secrétaire d'Etat.

Sur le dossier de la famille syrienne, il a répété qu'un juge ne pouvait ordonner au gouvernement d'octroyer des visas. Pour lui, suivre la décision des juges serait "un pas trop loin", alors qu'il y a 60 millions de réfugiés dans le monde. Il plaide pour l'augmentation du nombre de places dans les centres fermés, qui ont été portées de 400 à 600 depuis l'entrée en fonction du gouvernement.

L'argent des astreintes donné à une association d'aide aux pauvres

Ce mardi, les avocats de la famille ont indiqué que celle-ci avait décidé de faire don des astreintes auxquelles elle a droit à l'association Netwerk Tegen Armoede, un réseau associatif flamand de lutte contre la pauvreté. 

"L'argent nous sera très utile à travers nos 60 associations pour sortir plus de gens de l'isolement, les renforcer et leur donner à nouveau des perspectives. Pour mener avec eux la lutte contre la pauvreté infantile croissante, la lutte pour un logement abordable et de qualité, la lutte pour une justice accessible à tous, ... ", a précisé Frederic Vanhauwaert, le coordinateur général du réseau, dans une opinion publiée sur le site internet de la VRT.

Pour rappel, en vertu d'un récent arrêt de la Cour d'appel, l'Etat belge est redevable de 4.000 euros d'astreintes par jour à la famille syrienne tant qu'il ne lui délivre pas de visas ou laissez-passer. Ce mardi après-midi, un huissier s'est présenté avec une heure de retard au cabinet de Theo Francken pour lui réclamer 20.000 euros d'astreintes. Il est reparti un quart d'heure plus tard et n'a fait aucune déclaration.
 

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