"Les intérêts industriels sont passés avant la santé publique"

La Commission européenne savait depuis dix ans que les émissions polluantes des moteurs diesel dépassaient les normes fixées en laboratoire. C’est ce qui ressort des conclusions préliminaires de la commission d’enquête sur les mesures d’émissions de gaz polluants des voitures. "La Commission et les Etats membres continuent à protéger l'industrie automobile avec des conséquences pour la santé de tous les Européens" estime Kathleen Van Brempt (SP.A).

"Ici, les intérêts industriels sont passés avant la santé publique" a déclaré l’europarlementaire Kathleen Van Brempt (SP.A) présidente de la commission d’enquête.

Un rapport préliminaire révèle que la Commission européenne et les Etats membres savaient dès 2004 ou 2005 que les véhicules diesel émettaient trop de gaz polluants. "Le scandale des moteurs truqués avait déjà éclaté pour les poids lourds dans les années ’90 aux Etats-Unis" estime Kathleen Van Brempt.

"Bien sûr, la Commission ignorait que des logiciels truqués étaient utilisés chez Volkswagen, mais elle savait certainement qu’il y avait une différence entre les émissions mesurées sur route et les tests pratiqués en laboratoire" ajoute-t-elle.

A côté de la Commission européenne, les Etats membres portent aussi une lourde responsabilité. Ils doivent en effet effectuer des contrôles sur les véhicules. Mais les Etats membres ont choisi de postposer la mise en place de contrôles plus stricts pour ne pas nuire à l’industrie automobile.

"De nombreux Etats parmi lesquels la France, l’Espagne, et l’Italie n’ont pas joué leur rôle envers leurs constructeurs" explique encore Kathleen Van Brempt. "Ils ont fait du lobbying afin d’empêcher la mise en place de règles plus strictes".

"Ce n’est pas pour cela que d’autres Etats ont eu un rôle plus actif dans ces contrôles. Le scandale des moteurs diesel n’aurait jamais existé si les Etats et la Commission avaient fait ce que la loi leur obligeait de faire" a déclaré de son côté l’euro parlementaire Gerben-Jan Gerbrandy (D66).

Ce laisser-faire a eu des conséquences pour la santé de tous les Européens, empoisonnés par les oxydes d’azote (gaz NOx) ou par les microparticules émises par les voitures (moteurs à essence et diesel, ou freinage).