Koen Geens ignorait la réunion avec Bart De Wever

Le ministre de la Justice, Koen Geens, et son cabinet ignoraient qu'une réunion associant le président de la N-VA et des dirigeants de la police fédérale s'était tenue au cabinet du ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, le 23 mars, a-t-il indiqué lundi devant la commission d'enquête sur les attentats terroristes.

Dans la soirée du 23 mars, après que le président turc Erdogan a accusé la Belgique d'avoir négligé des informations à propos d'un des terroristes du 22 mars, Ibrahim El Bakraoui, le cabinet du ministre de la Justice tente de joindre la direction de la police fédérale pour comprendre ce qui se passe.

"On a essayé de joindre le top de la police, qui était au cabinet de M. Jambon, a-t-on compris plus tard", a expliqué Koen Geens. Le ministre devait s'entretenir avec cette direction mais, vers 23h, il est appelé par le premier ministre pour une réunion.

Koen Geens a le pressentiment que quelque chose se prépare. Plus tôt dans la soirée, l'ancien ministre de la Justice, Jo Vandeurzen, victime du "Fortisgate", l'a averti qu'il "reconnaît la musique" qui se joue.

Arrivé au Lambermont, Charles Michel informe M. Geens de la volonté de M. Jambon de démissionner et lui demande s'il peut le convaincre d'y renoncer.

Aux yeux de M. Geens, il ne fait pas de doute que si le ministre de l'Intérieur devait démissionner, le ministre de la Justice l'imiterait. Plusieurs entretiens s'en suivent. Vers 2h, M. Geens revient à son cabinet où l'attendent encore des responsables de la police judiciaire qu'il invite à rentrer chez eux après un bref entretien vu leur état d'épuisement. Vers 10h, il apprend que M. Jambon reste à son poste.

"Les déclarations d'Erdogan n'étaient pas innocentes"

Quant aux déclarations du président turc, elles ne sont pas "innocentes", à entendre M. Geens, qui n'a pas donné d'autres explications sinon qu'il a rappelé la visite rendue en Turquie par quatre ministres du gouvernement fédéral deux semaines avant. Il était question à l'époque d'améliorer la coopération policière entre les deux pays mais la signature d'un memorandum d'entente avait buté sur l'attitude, jugée trop clémente, de la Belgique envers le PKK et le DHKP-C, deux organisations combattues par Ankara.

A cours de la soirée, le ministre a fort à faire face à la déferlante médiatique. "A ce moment, je sauvais ce que je pouvais sauver", a-t-il déclaré.

M. Geens était également en contact avec les Pays-Bas, également visés par M. Erdogan car c'est chez eux qu'Ibrahim El Bakraoui a finalement été renvoyé. Il veillait alors "à limiter les dégâts".