"L’Europe, ce n’est pas que de la politique, mais surtout de l’échange"

Invitée à Bruxelles ce jeudi, pour y recevoir conjointement des universités de Gand et de Louvain le titre de Docteur Honoris Causa (photo), la chancelière allemande Angela Merkel a notamment plaidé pour un renforcement de l’unité européenne. Mais aussi pour plus de solidarité, estimant que l’indifférence n’est pas une option. Elle a encouragé les étudiants à être curieux et ouverts sur le reste du monde. Merkel était également reçue par le roi Philippe et le Premier ministre Charles Michel.

Le recteur de l’université de Louvain (KU Leuven), Rik Torfs, et son homologue de Gand (UGent), Anne De Paepe, ont remis conjointement à Bruxelles un doctorat d’honneur à Angela Merkel. Ayant découvert qu’elles avaient toutes les deux l’intention d’attribuer le titre de Docteur Honoris Causa à la chancelière allemande, les deux universités flamandes au long passé ont rapidement décidé d’organiser une cérémonie commune.

En présence du Premier ministre Charles Michel et du ministre-président flamand Geert Bourgeois, les deux universités ont récompensé la chancelière pour "ses efforts diplomatiques et politiques visant à renforcer la puissance politique de l’Europe et à défendre les valeurs qui permettent à notre continent de trouver l’unité dans la diversité".

Rik Torfs (photo archives) et Anne De Paepe ont par ailleurs élevé Angela Merkel au rang de modèle. "Les très grandes figures ne posent généralement pas de grands actes. Elles font cependant de petites choses qui ont de grandes conséquences. Martin Luther King avait un rêve. Rosa Parks est restée assise sur son siège. Gandhi a récolté du sel. Nelson Mandela a passé la porte et salué la foule. Avec ’wir schaffen das’, vous avez une bonne chance de rejoindre cette petite liste de héros dans quelques décennies", ont souligné les deux recteurs.

Long plaidoyer pour l’Europe

Angela Merkel a répondu avec un long discours, un véritable plaidoyer pour l'Europe, devant le monde universitaire gantois et louvaniste.

"L'Europe, c'est n'est pas le Parlement ou la Commission européenne. C'est vous", a-t-elle notamment déclaré aux étudiants. À l'université, vous allez apprendre à échanger. L'Europe, ce n'est pas que de la politique, c'est surtout de l'échange. Du débat, de la controverse. Investissez-vous. Faites l'Union de demain. L'indifférence, nous ne pouvons pas nous la permettre."

La chancelière allemande (photo archives) a aussi encouragé les jeunes à profiter des programmes d’échange Eramus. "Soyez curieux, connectés, ambitieux, ouverts sur le reste du monde. Nous avons déjà réussi de grandes choses en Europe, mais votre génération doit aller de l’avant, contribuer au débat. Et il y aura des controverses, mais tant que les échanges se passent dans le respect mutuel, ils feront progresser notre Europe".

Angela Merkel voit plusieurs façons de faire progresser cette Union européenne, qui célèbrera bientôt son 60e anniversaire : cesser d’attribuer à Bruxelles la responsabilité pour toutes les difficultés rencontrées au niveau national, apprendre à prendre plus rapidement des décisions au niveau européen, et ensuite mener à bien ces décisions. Mais il faut aussi mieux expliquer aux citoyens ce que l’on a atteint grâce à l’Union européenne, estime la chancelière allemande.

Apprendre à faire des compromis

Après avoir loué, en début de discours, le talent politique du Belge Herman Van Rompuy, qui a été le premier président du Conseil européen, Angela Merkel a estimé que les Etats membres de l’Union doivent apprendre à faire davantage de compromis. Notamment dans trois gros dossiers : la migration, la lutte contre le terrorisme international et la sécurité intérieure et extérieure de nos pays.

Le Premier ministre Charles Michel (photo archives) a tenu à partager son "estime" pour la chancelière allemande, pour sa "force" ainsi que pour ses "convictions européennes".

Angela Merkel rencontrait ensuite le roi Philippe et dînait - "dans un vrai restaurant belge", se réjouissait-elle - en compagnie du Premier ministre. "Depuis des décennies, Bruxelles joue un rôle essentiel, c’est le siège de la gouvernance européenne. Il n’y a pas d’autre ville hors d’Allemagne où je me rende aussi souvent en tant que chancelière que Bruxelles. Et cette fois-ci, pour cette visite bilatérale, j’ai eu la chance de sortir des bâtiments des institutions européennes : Charles Michel m’a invité dans un excellent restaurant belge !", déclarait amusée Angela Merkel.

Les deux chefs d'Etat avaient vraisemblablement prévu de visiter la Grand Place et d'aller manger au restaurant dans la Galerie de la Reine, dans le centre-ville bruxellois. Selon un porte-parole du gouvernement allemand, il ne devait toutefois pas uniquement être question de gastronomie et d'histoire, puisque Charles Michel et Angela Merkel prépareront de manière informelle les sommets des chefs d'Etats européens qui auront lieu début février à Malte et en mars dans la capitale italienne, pour les 60 ans du Traité de Rome.