Les multinationales retirent des milliards de leurs filiales belges

Au cours des cinq dernières années, au moins 144 milliards d’euros ont été retirés par des multinationales de leurs filiales installées en Belgique. Alors que les grandes entreprises considéraient depuis des années notre pays comme un paradis fiscal, le dispositif des intérêts notionnels appliqué de façon généralisée en Belgique semble de moins en moins les charmer, constatent les quotidiens De Tijd et L’Echo.
BELGA/MAETERLINCK

En 2011, la Belgique comptait encore près de 336 milliards d'euros de fonds propres répartis dans 25 filiales belges d'AB InBev, Hewlett-Packard, BP, France Télécom, Engie, BASF, Carrefour, Philips, Total, EDF, notamment. A l’heure actuelle, ce chiffre est retombé à 192 milliards d'euros. En cinq ans, une vingtaine d’entreprises multinationales ont donc retiré quelque 144 milliards d'euros de notre pays.

Le groupe laitier français Danone et le groupe américain Hewlett-Packard, l’un des plus grands groupes de technologie au monde, ont même totalement retiré leur sociétés de financement de Belgique l’an dernier. Chez Danone, ce sont ainsi 6 milliards d’euros qui sont retournées en France, tandis que Hewlett-Packard avait encore investi il y a 5 ans quelque 36 milliards d’euros dans un centre de coordination.

L'exode s'explique par trois raisons, selon le professeur de droit fiscal Axel Haelterman de l’Université Catholique de Louvain (KUL). D'une part, le taux actuel des notionnels - 0,237% - est beaucoup trop bas pour être fiscalement intéressant. D'autre part, la possibilité de compenser la faiblesse de ce taux par des constructions "hybrides" est aujourd'hui dans le collimateur.

Enfin, de nombreuses multinationales anticipent le changement du système d'intérêts notionnels que le projet de réduction de l'impôt des sociétés en Belgique devrait engendrer. "La situation est dramatique, car la Belgique perd ses atouts auprès des multinationales", estime le professeur Haelterman.

Il recommande une réduction rapide de l'impôt des sociétés à 23% ou moins en Belgique. "Nous pourrions ainsi attirer des multinationales pour qu'elles investissent dans l'économie réelle et non plus dans l'économie financière. Il est vraiement moins une."