"L’UE joue trop peu son rôle en politique étrangère"

Sur le plateau de l’émission télévisée "De zevende Dag" (VRT), le ministre-président flamand Geert Bourgeois (photo principale) a réagi ce dimanche midi à la politique migratoire du président américain Donald Trump, jugeant certains aspects arbitraires et contraires aux règles de droit, mais estimant aussi que l’Union européenne devrait davantage s’imposer comme facteur de paix et de stabilité dans le monde. Le parti écologiste Groen estime que tous les partis devraient s’opposer clairement à la discrimination opérée par Trump. Quant au Secrétaire d’Etat à la Migration, Theo Francken, il met en garde contre une réaction hystérique face aux décisions de l’administration américaine.

Le président des Etats-Unis a signé vendredi un nouveau décret interdisant pendant trois mois l’entrée aux USA de ressortissants de sept pays musulmans - l’Irak, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et le Yémen. Donald Trump a justifié cette mesure par la volonté de lutter contre le terrorisme et l’islamisme radical. Réagissant à cette décision dans l’émission dominicale "De zevende Dag" (VRT), le ministre-président flamand Geert Bourgeois a déclaré attendre un examen plus approfondi avant de s'exprimer, mais souligne d'ores et déjà qu'une décision d'interdiction d'accès au territoire pour des gens disposant d'un visa ou d'une 'green card' semble contraire aux règles de droit.

A première vue, la décision du président Trump (photo) semble contenir trois volets, analysait-il : un moratoire "arbitraire" visant les réfugiés en provenance de sept pays, un contrôle plus strict des visas "qui concernera aussi la Belgique" et un refus d'accès au territoire immédiat pour les personnes disposant d'un visa ou d'une green card. "Cette dernière option semble inacceptable, et revêtir une forme d'arbitrage. D'ailleurs, elle a déjà été suspendue par la justice", a observé Geert Bourgeois.

"En ce qui concerne les réfugiés, il s'agirait d'un moratoire de 90 jours, le temps pour Donald Trump de réexaminer la situation", a indiqué le ministre-président flamand. "J'estime personnellement que la Convention de Genève ne peut être couronnée de succès que si tous les pays la respectent. Il y a encore des pays, pas seulement Trump, qui se concentrent sur les réfugiés chrétiens", a-t-il ajouté. La N-VA a mis elle-même sur le tapis la question de la Convention de Genève et le gouvernement fédéral a organisé des campagnes de visas humanitaires pour des réfugiés chrétiens.

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Un rôle plus important pour l’Union européenne

Mais Geert Bourgeois estime aussi que, face à la nouvelle politique migratoire américaine, l’Union européenne a un rôle plus important à jouer.

"L’Union est un acteur-clef dans le domaine de la politique étrangère et du commence mondial. J’estime que l’UE fait trop peu, par exemple dans le conflit israélo-palestinien et en Syrie. Le produit national brut de l’Europa dépasse de loin celui de la Russie, mais nous ne sommes pas de la partie. Tous les pays membres séparément sont trop faibles. L’Union européenne doit être un facteur de paix et de stabilité dans le monde".

Les politiques doivent rejeter la discrimination de Trump

Toujours sur le plateau de l’émission "De zevende Dag", la présidente du parti écologique flamand Groen se montrait particulièrement en colère face à la décision de politique migratoire de Donald Trump. Meyrem Almaci (photo) appelait tous les partis et chefs de gouvernements en Belgique à condamner sévèrement "cette mesure xénophobe et discriminatoire".

"Une réaction claire ne peut pas se faire attendre", alors que des gens se font interdire l’accès aux Etats-Unis "sur base de leur origine ethnique et leur pays d’origine. Les USA sont par excellence une nation d’immigrants, de diversité et de pluralisme".

Almaci estime qu’en tant que pays démocratique, la Belgique doit défendre ses valeurs et soutenir les Américains qui protestent contre les décisions du nouveau président.

"Ne pas tomber dans l’hystérique, voir ce qui a été décidé"

Quant au Secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA), il appelle à éviter une réaction hystérique aux décisions de Donald Trump et encourage à tenter de comprendre ce qui a réellement été décidé. "L’arrivée par avions de réfugiés est suspendue temporairement, mais si je comprends bien les USA accueilleront encore 50.000 réfugiés par an. Barack Obama en a accueilli 70.000 par an, maintenant il y en a 50.000 par an. Il y a beaucoup de présidents américains qui ont fait moins. Nous devons donc nuancer".

Concernant l'exemption de visa, "il sera examiné durant les prochains nonante jours si notre pays échange suffisamment d'informations avec les Etats-Unis", a expliqué Theo Francken. "Et si ce n'est pas le cas, nous aurons également un problème". Entretemps, les Belges peuvent continuer à voyager aux Etats-Unis alors que les ressortissants de sept pays (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) ne le peuvent plus.

"Les Etats-Unis justifient cela avec le terrorisme musulman alimenté par le salafisme, ce qui là-bas est effectivement indéniable", a encore commenté le Secrétaire d'Etat. "Mais cela est aussi vrai pour des pays comme l'Arabie Saoudite et le Qatar, mais qui sont eux des alliés géostratégiques des Etats-Unis au Moyen-Orient. Il s'agit donc d'un choix arbitraire. On peut se poser des questions à cet égard, mais les choses sont ce qu'elles sont", a déclaré Francken. Ces deux derniers pays sont d'ailleurs des alliés de l'occident en général et investissent massivement en Europe. Des négociations sont d'ailleurs en cours au port d'Anvers avec une entreprise saoudienne.

Theo Francken se dit par contre opposé à ce que des visas ou des cartes de résident permanent ('green card') soient retirés aux citoyens étrangers auxquels ils avaient déjà été accordés par les Etats-Unis.