L'opposant congolais Étienne Tshisekedi est mort à Bruxelles

L’ opposant historique en République démocratique du Congo (RDC), Étienne Tshisekedi wa Mulumba est mort mercredi à Bruxelles à l'âge de 84 ans, en pleines négociations politiques destinées à permettre un régime de transition à la suite du maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

Peu de temps après l'annonce de sa mort, la police a dispersé un début de rassemblement à proximité de son parti, l'Unjon pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), en tirant des grenades lacrymogènes.

"Le président Tshisekedi est décédé aujourd'hui à 17h42 à Bruxelles", a déclaré le secrétaire-général adjoint de l'UDPS, Bruno Tshibala, à l'AFP. Une information confirmée peu après par le représentant de l'UDPS/Belgique, André Kabanda, à l'agence Belga.
Selon un proche du vieil opposant, Etienne Tshisekedi est mort à l'hôpital Sainte-Elisabeth à Uccle, dans des circonstances qui n'ont pas été révélées.

Le décès de "Tshitshi", comme le surnommaient affectueusement ses partisans est survenu huit jours après son départ de RDC, en pleines négociations politiques sur un partage du pouvoir entre l'opposition et la majorité soutenant le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001.

La tension est montée rapidement avec les forces de l'ordre qui ont tiré plusieurs grenades lacrymogènes, y compris à l'intérieur de la parcelle, où se sont retrouvées bloquée une cinquantaine de personnes dans une atmosphère difficilement respirable. Elles ont finalement été évacuées manu militari après que des policiers eurent menacé de tirer sur ceux qui refuseraient de quitter les lieux.

Le décès du "Sphynx de Limete" survient à un moment crucial pour la RDC, pays de plus de 71 millions d'habitants parmi les moins développés de la planète.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter. La présidentielle n'ayant pas été organisée avant la fin de son mandat, le 20 décembre, le chef de l'État s'est maintenu en fonctions en vertu d'un arrêt controversée de la Cour constitutionnelle.

Le 31 décembre, la majorité et l'opposition ont signé un accord politique destiné à mettre en place un régime de transition politique jusqu'à l'organisation d'un présidentielle devant avoir lieu, aux termes de cet accord à la fin de l'année.

Mais les négociations sur la mise en place de cet accord, et très concrètement sur le partage postes au sein du gouvernement, qui devaient théoriquement s'achever au cours du week-end n'ont toujours pas abouti.

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Didier Reynders : "Une figure marquante de la RDC pendant plusieurs décennies"

"Une figure politique marquante de la République Démocratique du Congo durant plusieurs décennies s'est éteinte aujourd'hui", a déclaré mercredi soir Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, à la suite de l'annonce du décès d'Etienne Tshisekedi. Le ministre a présenté ses condoléances à la famille du défunt au peuple congolais.

"Le dernier combat d'Etienne Tshisekedi pour le respect de la Constitution et de la démocratie a abouti à la conclusion de l'accord de la Saint-Sylvestre. La Belgique s'associe à la population congolaise dans sa douleur et dans son souhait de voir cet héritage du Président du Rassemblement porter ses fruits et être mis en oeuvre", souligne encore M. Reynders.

Le mobutiste zélé mué en éternel opposant

Dès les première heures de l'indépendance du pays en 1960, "le Sphinx" (un autre de ses surnoms) a accompagné l'ascension de Joseph-Désiré Mobutu, qui allait plus tard régner d'une main de fer pendant 32 ans sur le pays, rebaptisé entre-temps Zaïre.
Né le 14 décembre 1932 à Kananga, au Kasaï, dans le centre de ce qui était alors le Congo belge, Étienne Tshisekedi wa Mulumba est encore étudiant, en septembre 1960, lors du premier coup d'État de Mobutu, qui "neutralise" le président Joseph Kasa-Vubu et son Premier ministre Patrice Lumumba, en guerre ouverte l'un contre l'autre.

Il devient alors commissaire adjoint à la Justice dans le gouvernement transitoire qui fera arrêter en janvier 1961 Lumumba, héros de l'indépendance dont l'assassinat, quelques jours plus tard, sera sous-traité aux rebelles sécessionnistes du Katanga.
La même année, M. Tshisekedi devient le premier docteur en Droit du Congo indépendant. Après le coup d'État de Mobutu en novembre 1965, il enchaîne les portefeuilles (Intérieur, Justice, Plan).

En 1966, il justifie comme une "action préventive" la pendaison publique de quatre hauts fonctionnaires accusés de complot contre le chef de l'État à qui l'on aura préalablement crevé les yeux.

Mobutu et lui étaient alors "les meilleurs amis du monde, ils couraient les filles ensemble", se souvient un proche sous le couvert de l'anonymat.

Dès 1969, cependant, son étoile semble se ternir dans la galaxie mobutiste. Certains de ses proches disent qu'il commence à prendre ses distances, mais, s'il n'est plus ministre, il continue d'enchaîner des postes haut placés dans l'appareil d'État.

AP1997

"Le Sphinx"

La rupture survient en 1980. M. Tshisekedi cosigne une lettre ouverte au "Citoyen Président-Fondateur" dans laquelle treize députés dénoncent les dérives dictatoriales d'un régime kleptocratique.
Après un premier séjour en prison, il est libéré en 1982 et participe dans la clandestinité à la fondation de l'UDPS, parti constitué pratiquement sur une base monoethnique luba kasaïenne.
A la faveur de l'ouverture démocratique, il est élu Premier ministre en 1992. Il ne tiendra que quelques mois.

Après la chute de Mobutu en 1997, il s'oppose rapidement à son tombeur, le rebelle Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel chef de l'État.

C'était un homme "plutôt courageux autant que têtu", se souvient un spécialiste du Congo, notant que Tshisekedi s'est levé "devant Laurent-Désiré Kabila à une époque où il était bien le seul à le faire".

A l'issue de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), Tshisekedi, qui a toujours prôné le combat politique non violent, refuse de participer au gouvernement de transition et s'installe dans le rôle de l'irréductible opposant, refusant de participer en 2006 aux premières élections libres depuis l'indépendance du pays.

Dans les derniers mois de sa vie, il aura multiplié les consignes contradictoires. Refusant de participer en septembre au "dialogue national" proposé par M. Kabila, le Sphinx appelle le peuple à descendre dans la rue jusqu'à ce que le chef de l'Etat cède la place. Mais il finit par donner son aval à la participation de l'UDPS aux négociations ayant débouché sur l'accord du 31 décembre, qui consacre le maintien au pouvoir de M. Kabila au-delà du terme de son mandat.