"On ne rend pas publiques les informations de la Sûreté de l'Etat"

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a fustigé dans un communiqué l'utilisation par la ministre flamande des Affaires intérieures Liesbeth Homans (N-VA) d'informations de la Sûreté de l'État pour justifier le retrait de la reconnaissance de la mosquée Fatih de Beringen.

"Utiliser publiquement les informations d'un service de renseignement comme argumentation pour une décision publique déterminée, sans se concerter au préalable avec ce service, ne peut se faire", affirme le ministre, dans une réaction publiée mardi en fin de journée sur son site internet.

Koen Geens, qui a la tutelle sur la Sûreté de l'État, souligne le risque pour la source étrangère des informations ainsi que pour les relations de la Sûreté avec ses sources et partenaires étrangers.
"On ne peut pas non plus, pour une décision dans un dossier concret, se baser totalement et exclusivement sur un rapport de la Sûreté de l'État, dans lequel le dossier n'est évoqué que de manière indirecte et plutôt incidemment", ajoute le ministre fédéral.

S'il reconnaît la nécessité de mener le débat publiquement, il en appelle aussi à éviter la stigmatisation de certaines communautés et redit sa préférence - pour des raisons diplomatiques et de cohésion sociale - pour une approche basée sur le dialogue, même ferme.

Une telle approche peut conduire, le cas échéant, à la fermeture volontaire d'une mosquée si elle constitue un danger pour la sécurité, relève le ministre.

Koen Geens dit refuser de s'immiscer dans la compétence même du retrait de reconnaissance, qui relève exclusivement des Régions. Mais il souligne que la Sûreté de l'État ne prête attention à la polarisation et l'influence politique - deux arguments avancés par Mme Homans vu la proximité de la mosquée Fatih avec la Diyanet, le département turc des affaires religieuses - que dans la mesure où elles constituent un aspect d'une menace terroriste, extrémiste, d'espionnage ou d'ingérence.

Or, si les rapports de la Sûreté de l'État discutés lundi au parlement flamand "confirment que la Diyanet est étroitement liée au régime du président turc Erdogan, ils confirment également qu'il s'agit de musulmans modérés d'une tendance sunnite, au sein de laquelle aucune radicalisation n'a été observée jusqu'à présent".

Trente demandes de reconnaissance de mosquées sont actuellement pendantes auprès des trois Régions. Le 19 avril prochain, la Sûreté se réunira pour la troisième fois avec le cabinet de Mme Homans pour examiner les dossiers concernant la Région flamande.

Un référendum sera organisé ce 16 avril dans la communauté turque sur le régime présidentiel de Recep Tayyip Erdogan. Koen Geens se dit "convaincu que ce n'est pas le moment de jeter de l'huile sur n'importe quel feu". L'organisation de ce référendum "oblige à la prudence", ajoute-t-il.