Gyselbrecht avoue avoir donné l’ordre d’assassiner Saelens

Rebondissement mardi soir, à la fin de la première journée du procès devant le tribunal correctionnel de Bruges pour le meurtre du châtelain de Wingene : son beau-père André Gyselbrecht a subitement avoué avoir donné l’ordre à Pierre Serry, une connaissance, d’assassiner Stijn Saelens. Le docteur originaire de Ruiselede (Flandre occidentale) soupçonnait son beau-fils d’inceste et voulait protéger les enfants que leur père menaçait d’emmener en Australie. Devant le tribunal, Gyselbrecht a longuement expliqué son geste, "son dernier recours".
Nicolas Maeterlinck

Alors que, tout au long de l'enquête de plus de 5 ans, André Gyselbrecht avait déclaré que son intention était seulement de donner une leçon à la victime Stijn Saelens et qu’il n’avait pas commandité le meurtre du jeune châtelain et père de famille, le docteur respecté de Ruiselede a surpris tout le monde à la fin de la première journée du procès en correctionnelle à Bruges en reconnaissant mardi soir qu’il avait demandé à Pierre Serry d’assassiner son beau-fils.

Gyselbrecht (photo archives) a longuement expliqué comment il en est arrivé à cette situation irréversible. Il a admis que, désespéré et au bout du rouleau, il était entré en contact avec Pierre Serry, une de ses connaissances. D'après le docteur, la proposition d'assassiner Stijn Saelens, venait en premier lieu de Serry. C'est le 26 janvier 2012 qu'il aurait définitivement décidé d'éliminer son beau-fils. "Il s'agissait de mon dernier recours, ma dernière chance de protéger mes petits-enfants. C'était mon unique préoccupation", déclarait-il mardi soir.

André Gyselbrecht est passé aux aveux en décrivant une nouvelle fois le contexte et les faits d'inceste. "En tant que grand-père, vous devez prendre vos responsabilités. J'ai longtemps cherché des solutions et j'ai demandé conseil à plusieurs reprises à Maître Jef Vermassen et à une dizaine d'autres personnes. J'ai toujours dit que je ferais tout pour éviter que ça se produise encore."

Durant cette période, Gyselbrecht a rencontré plusieurs fois Pierre Serry. Il lui a alors déclaré qu'il tuerait Stijn Saelens si des faits d’inceste devaient encore arriver. "Pierre m'a alors dit que je ne devais pas m'en occuper moi-même. Il m'a dit de le contacter et que personne n'en saurait jamais rien s'il s'en chargeait." Le docteur Gyselbrecht a ensuite déclaré ne pas avoir ménagé ses efforts afin de résoudre le problème d'une autre façon.

"Des menaces de Saelens"

Lors d'une nouvelle rencontre avec Stijn Saelens (photo), tout s'est à nouveau mal passée, selon son beau-père. "Il m'a à nouveau fait des reproches. J'étais coupable de tout. J'étais fatigué et n'avais plus la force de rien. Il a menacé d'emmener les enfants avec lui en Australie."

Elisabeth Gyselbrecht - fille du docteur et épouse de Saelens - s'est alors cachée avec les enfants. Après quoi, Stijn Saelens a débarqué le 5 octobre 2011 dans le cabinet du docteur Gyselbrecht à Ruiselede. "Il m'a menacé devant mes patients. J’ai appelé la police. Je voulais parler avec lui, pendant des heures s’il le fallait, mais il m’a fait des reproches. Cette nuit-là, mon père est décédé. J'étais prêt à exploser. J'ai appelé Pierre Serry pour lui dire qu'il devait faire ce qu'il m'avait proposé." Gyselbrecht précise qu'il a été poussé par la colère, l'impuissance, la peur et l’épuisement face à une situation inchangée depuis des mois. "J'ai dit à Pierre qu'il ne devait passer à l'acte que si la menace devenait trop forte."

André Gyselbrecht a alors déposé plainte contre son beau-fils, pour inceste. Ce dernier est parti pendant plusieurs mois en Australie, avant de revenir. "Il n’était alors plus question de psychothérapie, et des lettres arrivaient du bureau d’immigration australien. Je n’avais plus prise sur Elisabeth, contrairement à avant. J’ai envoyé un e-mail au parquet de Bruges, indiquant que je me faisais du souci sur l’état mental de Stijn. Mais il ne s’est rien passé. La menace qu’il emmène les enfants en Australie grandissait".

Après avoir indiqué au tribunal que sa fille Elisabeth avait déclaré le 26 janvier 2012 que la famille émigrerait en Australie, André Gyselbrecht précisait ce mardi soir qu’il a demandé ce jour-là à Pierre Serry de l’aider. "C’était mon ultime recours, la dernière opportunité de protéger mes petits-enfants. Ils étaient en danger", concluait le docteur de Ruiselede.

Le procès de l'assassinat du châtelain de Wingene reprendra jeudi, la session de ce mercredi ayant été annulée à la suite de ces déclarations. Tous les prévenus, ainsi qu'André Gyselbrecht, doivent à nouveau être entendus.