Le Concours Reine Elisabeth s’ouvre au violoncelle

Près de 30 ans après s’être ouvert au chant, le Concours musical international fondé en 1937 par la Reine Elisabeth de Belgique et le violoniste liégeois Eugène Ysaÿe et dédié depuis cette année-là au violon, en alternance avec le piano depuis 1938 et avec le chant depuis 1988, lance ce 8 mai une nouvelle discipline : le violoncelle. Un moment historique, qui coïncide par hasard avec le 80e anniversaire du Concours mondialement réputé pour sa difficulté. Septante candidats ont été retenus pour la première épreuve, qui débutait ce lundi au Studio 4 de Flagey, à Bruxelles. Les gagnants seront connus le 3 juin, après être passés par la demi-finale, une semaine de préparation d’une œuvre inédite, et la finale au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Sous le regard attentif des médias !

Cela faisait une dizaine d’années que l’ouverture du Concours musical Reine Elisabeth au violoncelle était en gestation. Plus que le 80e anniversaire du concours de réputation mondiale, c’est un ensemble de circonstances qui ont permis d’inaugurer ce 8 mai la première session dédiée à un instrument pour lequel la reine Elisabeth de Belgique partageait l’amour et l’admiration avec le célèbre violoncelliste espagnol Pablo Casals (1876-1973).

"Ces 20 dernières années, le nombre de violoncellistes dans les classes et sur les scènes n’a cessé d’augmenter. C’est un monde en pleine explosion", nous expliquait Nicolas Dernoncourt (photo), directeur artistique du Concours Reine Elisabeth. "Il y avait donc une nécessité croissante de faire le lien entre les études et la vie professionnelle de ces musiciens - ce qui est l’une des missions principales du Concours. De plus, deux grands concours pour violoncelle - le Rostropovitch à Paris et le Concours Pablo Casals - ont récemment disparu. Il y avait donc une demande pressante de jeunes violoncellistes de créer un grand concours, médiatisé".

Il est finalement lancé l’année qui suit une session du Reine Elisabeth pour le piano et qui précède la session de chant 2018 et celle de violon en 2019. "Nous ne voulions pas se faire suivre, à un an d’écart, le violon et le violoncelle", précise Nicolas Dernoncourt. Le Concours a ainsi retrouvé son cycle quadriennal d’origine, abandonné au profit d’un cycle triennal après l’entrée en scène du chant.

Le nouveau concours belge pour violoncelle deviendra-t-il presqu’incontournable pour les jeunes violoncellistes solistes ? "Ce n’est pas un passage obligé, on peut très bien faire carrière sans grand concours", estime Dernoncourt. "Mais il est de plus en plus difficile pour les musiciens de faire leur chemin, d’être médiatisés. D’ailleurs de plus en plus de musiciens qui font déjà carrière se présentent encore au Reine Elisabeth".

Pour les violoncellistes, comme pour les pianistes, violonistes et chanteurs, aucun candidat plus jeune que 18 ans et plus âgé que 29 ans n’est cependant accepté.

Plus de 200 candidats, dont 70 ont été retenus

D’emblée, l’édition pour violoncelle remporte un franc succès puisque le jury de la présélection a visionné, en février dernier, les vidéos envoyées par 202 violoncellistes. Septante candidats ont finalement été admis à prendre part à la première épreuve, qui débutait ce lundi à 15h au Flagey à Bruxelles et prendra fin samedi 13 mai avec la proclamation des noms de 24 demi-finalistes.

Parmi eux, 21 femmes et 49 hommes, de 22 nationalités différentes. Soixante-huit se présenteront effectivement (deux Coréens ne concourront finalement pas), avec pas moins de 9 Français, 10 Allemands, 9 Coréens, 7 Japonais, 10 Américains et quatre Polonais.

Pas de candidat belge retenu cette fois, cependant. "Le niveau entendu est incroyable", commente Nicolas Dernoncourt, tout en précisant que cela ne veut pas dire que les violoncellistes belges ne seraient pas assez bons, mais plutôt que la concurrence est très rude. "Et puis la proportion de musiciens belges est faible à l’échelle internationale. La probabilité qu’il y ait des Belges retenus, voire qui parviennent en finale n’est pas grande. Certains jeunes violoncellistes belges hésitent peut-être aussi à se présenter, étant donné qu’ils sont plus exposés que les autres candidats parce qu’ils concourent dans leur propre pays !".

Des accents belges bien présents

On retrouvera néanmoins de grands violoncellistes belges - solistes et/ou pédagogues - dans le prestigieux jury du Concours Reine Elisabeth, qui écoutera et donnera des points (tenus secrets) lors de chacune des épreuves. Il s’agit de Roel Dieltiens (photo), formé au Conservatoire d’Anvers puis en Allemagne, en Suisse et en Italie, et qui joue du violoncelle baroque autant que moderne.

Mais aussi de la Tournaisienne Marie Hallynck (photo), formée à Paris, en Allemagne et aux Etats-Unis et qui se consacre tant à l’enseignement qu’à une carrière soliste et de chambriste.

Et puis le Concours tient à mettre à l’honneur des compositeurs belges. Ainsi, lors de la première épreuve, chaque candidat devra interpréter le premier mouvement de la "Sonate pour violoncelle seul" d’Eugène Ysaÿe (1858-1931), l’un des grands compositeurs belges pour le violon et co-fondateur du Concours qui porta son nom à l’origine.

En demi-finale (15-20 mai, à Flagey également), chacun des 24 candidats retenus devra interpréter une œuvre imposée, qui a été commandée cette fois à Annelies Van Parys. Née en 1975 et formée au Conservatoire de Gand, cette jeune compositrice est déjà lauréate de plusieurs prix, notamment pour son opéra "Private View".

Pour le Reine Elisabeth de violoncelle, elle a composé "Chacun(e) sa chaconne".

Belges aussi les orchestres qui accompagneront les candidats. Pour la demi-finale, il s’agit de l’Orchestre royal de chambre de Wallonie, dirigé par le pianiste français Frank Braley, ancien premier lauréat du Reine Elisabeth.

Pour la finale, c’est le Brussels Philharmonic et son directeur musical Stéphane Denève (photo) - qui fait une carrière internationale - qui accompagneront les douze finalistes au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dans un concerto de leur choix, mais aussi dans une œuvre inédite pour violoncelle et orchestre commandée également par le Concours à un compositeur.

L’identité de ce compositeur ne sera révélée aux musiciens et au public que le 29 mai, lorsque les douze finalistes seront entrés à la Chapelle musicale Reine Elisabeth (photo), à Waterloo, où ils devront préparer en une semaine, et sans aucune aide extérieure, cette nouvelle œuvre imposée.

Cette semaine de retraite à la Chapelle - où sont formés de jeunes musiciens belges et étrangers de tout haut niveau dans six disciplines musicales - constitue l’une des grandes particularités et difficultés du Concours musical belge.

Proche des concours de piano et violon

Le nouveau concours pour violoncelle partage donc avec ses prédécesseurs pour le violon et le piano nombre de similitudes, comme le passage pour les 12 finalistes par la Chapelle musicale de Waterloo et le concert final avec un grand orchestre symphonique. Devant un imposant jury de solistes et pédagogues de renommée. Outre les deux Belges déjà cités, il y a notamment Gautier Capuçon, Henri Demarquette, Natalia Gutman, Mischa Maisky, Antonio Meneses, Truls Mork, Marta Casals-Istomin et Pieter Wispelwey.

Les candidats sont logés dans des familles d’accueil, ce qui est aussi une particularité très sympathique du Concours. Et ils sont suivis à la trace, pendant toute la durée des épreuves, par la presse écrite, radio et télévisée de tout le pays, mais aussi la presse spécialisée étrangère. Ce qui augmente le stress pour certains, mais donne également un rayonnement incomparable aux prestations des jeunes solistes.

Et le public ? Il suit toujours aussi passionnément le Reine Elisabeth. "La vente des billets avance très vite", confiait le directeur artistique Nicolas Dernoncourt, pour qui "c’est un plaisir de pouvoir ouvrir le concours au violoncelle".

La Reine Mathilde (photo, à g.), présidente d’honneur du Concours depuis 2013, suit également chaque année avec grand intérêt les épreuves. Sa présence a été annoncée par le Palais pour une dizaine de journées de l’édition de violoncelle, parfois accompagnée par d’autres membres de la famille royale. Pour les jeunes candidats venus du monde entier, cette présence royale est également une preuve de qualité et ajoute une touche solennelle.

Quelques liens utiles

- le site du Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique: http://cmireb.be

- le Concours de violoncelle, ses candidats, leur ordre de passage à la première épreuve et les programmes des différentes épreuves:  http://cmireb.be/cgi?lg=fr&pag=2030&tab=108&rec=4395&frm=0&par=aybabtu

- Le Concours de violoncelle à la VRT:

* la chaîne de radio classique Klara retransmet tous les jours de la demi-finale (15-20 mai), de 19h à 23h, un résumé de la session de l'après-midi et l'intégrale de la session du soir en direct. Elle diffusera aussi, en direct de 19h à 23h, les six soirées de la finale (29 mai-3 juin).   

* la chaîne de télévision Canvas retransmet en direct les sessions de l'après-midi et du soir (sur Ketnet) de la demi-finale. Les 5 premières soirées de la finale sont à suivre en direct sur Ketnet dès 20h, et la 6e soirée de finale sur Canvas, dès 20h et jusqu'à la proclamation vers minuit. 

* Canvas suit aussi tout le Concours via l'internet. Sur le site www.vrtnu.be, un livestreaming des émissions TV de demi-finale et de finale est proposé.