Victimes des princesses du Conrad : "Nous avions toujours peur"

Alors que se poursuit devant le tribunal correctionnel de Bruxelles le procès d’une princesse des Emirats arabes unis, sept de ses filles et un majordome pour faits de traite des êtres humains à l’égard de 23 femmes qu’ils employaient, en 2007 et 2008 à l’hôtel Conrad de Bruxelles, la VRT a recueilli le témoignage d’une des victimes. Elle a reçu le pseudonyme de Hafida (photo) et parle le français et le néerlandais. Son interview à visage caché était diffusée jeudi soir dans l’émission d’information "Terzake".

Hafida raconte qu’elle avait reçu l’ordre de la famille princière des Emirats arabes d’accompagner la princesse et sept de ses filles à Bruxelles, où la famille avait loué tout un étage du luxueux hôtel Conrad. Dès son arrivée sur place, ses papiers d’identité lui ont été enlevés et, comme les autres jeunes femmes au service de la famille, elle n’a pu quitter une seule fois l’hôtel.

Chaque princesse de la famille avait son propre personnel. "Je n’avais pas de temps pour moi. Je devais sans cesse rester au service de ma patronne, dormir près d’elle, sur un matelas posé sur le sol. Je devais même l’aider à se déshabiller". Elle avoue avoir eu l’impression d’être traitée comme une esclave, mais elle n’osait réagir. L’une de ses collègues, qui avait parlé à d’autres d’un incident, avait en effet été enfermée pendant trois jours dans une chambre, sans recevoir à manger ni à boire.

Les femmes n’avaient d’ailleurs pas le droit de se parler entre elles. "Nous avions sans cesse peur. Nous ne savions pas ce qui pouvait se passer si les princesses se fâchaient". Le personnel devait attendre que les membres de la famille aient mangé pour pouvoir se nourrir des restes.

Hafida souligne cependant qu’il y avait une grande différence entre son travail pour la famille princière à Abou Dhabi et à Bruxelles. "A Abou Dhabi, nous étions libres. Nous pouvions sortir et nous n’étions pas sans cesse surveillées par quatre gardes, comme c’était le cas à Bruxelles".

Arrivées à l’hôtel Conrad (photo), les jeunes femmes ont dû travailler 24h sur 24 et 7 jours sur 7 pour les employeurs, sans être payées ou très peu, et sans avoir le droit de prendre contact par téléphone avec leur famille. Elles n’ont pas trouvé la situation normale, "mais nous n’avions pas le choix", concluait Hafida.

BELGA

Des peines de 18 mois de prison réclamées

L'auditeur du travail Henri Funck a requis ce vendredi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, des peines de 18 mois de prison à l'encontre des prévenus dans l'affaire des "princesses du Conrad", ainsi que des amendes pour un montant total de 1.897.500 euros. Les avocats de la défense, eux, ont plaidé l'acquittement. Dans ce dossier, une princesse des Emirats arabes unis, sept de ses filles et un de leurs majordomes sont prévenus pour des faits de traite des êtres humains à l'égard de 23 femmes qu'ils employaient, en 2007 et 2008, à l'hôtel Conrad (aujourd'hui Steigenberger) à Bruxelles.

L'auditeur a estimé que les préventions devaient être établies et a réclamé des peines de 18 mois de prison à l'encontre des prévenus, sans s'opposer à un éventuel sursis. Il a également requis des amendes pénales de 15.000 euros par travailleuse victime, augmentées d'intérêts. Il a ainsi demandé la condamnation des prévenus, solidairement, à la somme totale de 1.897.500 euros.

La défense, elle, a plaidé l'acquittement des prévenus. Celle-ci estime que c'est la société "Private Department", qui a signé les contrats d'emploi avec les victimes, qui est responsable devant la justice. Mais aussi, sur le fond du dossier, les avocats de la défense ont considéré que les faits ont, à tout le moins, été largement exagérés par certaines victimes.