Les USA se retirent de l’accord de Paris : Michel parle d’"acte brutal"

La décision du président américain Donald Trump de se retirer de l’accord de Paris sur le climat est "irresponsable" et "porte atteinte à la parole donnée", a réagi jeudi soir le Premier ministre belge Charles Michel (photo) par communiqué et via Twitter. Il condamne "un acte brutal contre l’accord", estimant que "le leadership signifie combattre le changement climatique tous ensemble. Pas d’abandon, de l’engagement". Une déception que partagent d’autres politiques belges, comme notamment la ministre de l’Environnement Marghem et le ministre de la Coopération au développement De Croo.

"La décision des Etats-Unis ne doit pas freiner notre mobilisation en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique", affirme Charles Michel. "Nous devons redoubler d'efforts pour faire en sorte que les grandes puissances réaffirment leurs engagements. Au-delà de l'enjeu écologique, il s'agit aussi d'une question économique et d'équilibres géopolitiques mondiaux. Un dérèglement climatique ne pourra que générer des conflits et des mouvements migratoires conséquents. Nous utiliserons tous les leviers internationaux possibles pour concrétiser cela. 'Make the future great again' doit être notre ambition", insiste le Premier ministre, en référence au slogan de campagne de Donald Trump.

"Le gouvernement fédéral belge attend de l'Union européenne qu'elle poursuive son rôle de leader dans l'implémentation de l'accord de Paris et qu'elle reste plus que jamais engagée dans une action multilatérale en faveur du climat", dit encore Charles Michel, qui "note avec satisfaction, qu'il n'y a, à ce stade, aucun signe démontrant que suite à la décision américaine, d'autres pays soient tentés de revoir à la baisse leurs engagements climatiques et environnementaux".

"A la Conférence des Nations Unies la semaine prochaine, je vais plaider pour qu'il y ait plus d'attention sur le lien à faire entre la sécurité et le climat", ajoute le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (photo), dans le même communiqué. "Une meilleure efficience énergétique offre des opportunités économiques. Cela accroit notre compétitivité et présente des avantages en matières de santé."

"Une politique à contre-courant de l’Histoire"

La ministre de l'Environnement, Marie-Christine Marghem (photo), "regrette que nos alliés mènent en matière climatique une politique isolationniste à contre-courant de l'Histoire". "Cette décision ne remettra pas en cause la volonté du gouvernement de poursuivre le dialogue avec les Régions, notamment dans le cadre du pacte interfédéral afin de remplir nos objectifs européens."

L'accord est néanmoins "irréversible", a-t-elle ajouté, déplorant que "Donald Trump continue dans le slogan". La ministre Marghem note aussi que plusieurs Etats américains se sont déjà engagés à faire baisser les émissions de CO2, entraînant dans leur sillage des entreprises qui ont réalisé d'importants investissements. En outre, les membres du G7 ont exprimé, lors du sommet de la semaine passée, leur volonté de continuer à s'investir en faveur du climat, a encore souligné la ministre.

Pour Alexander De Croo (photo), ministre de la Coopération au Développement, "la crise des réfugiés en Europe présage uniquement ce qui peut se produire si le changement climatique provoquait encore davantage d'importantes inondations, de sécheresse et de famine, entraînant ainsi une migration de masse". "Les régions où les réserves se font rares et où la bonne gouvernance fait défaut connaîtront également une concurrence accrue pour la nourriture, l'eau et l'énergie."

L'accord, adopté en décembre 2015 lors de la COP21 à Paris, prévoit de contenir le réchauffement climatique à moins de 2 degrés par rapport aux niveaux préindustriels, et en visant la barre de 1,5 degré.

"Une erreur historique"

Via Twitter, la ministre flamande de l’Environnement Joke Schauvliege (photo) a déclaré : "La Flandre et l’UE doivent être plus que jamais le moteur des ambitions sur le climat". Elle qualifie la décision de Donald Trump d’"erreur historique".

Peter Wittoeck, qui dirigeait la délégation belge en décembre 2015 à Paris lorsque l’accord climatique a été négocié et signé, ne croit pas que de nouvelles négociations, comme les a réclamées le président américain, soient réalistes.

Il se demande s’il ne s’agit pas plutôt d’une technique démagogique de Trump. Obtenir un nouveau consensus mondial si peu de temps après l’accord de 2015 serait très difficile, estime Wittoeck.

Joeri Thijs de Greenpeace Belgique est moins diplomatique. Il estime que le président Trump "a fait un doigt d’honneur au monde entier". Les Etats-Unis ne pourront cependant pas cueillir les bénéfices de la transition énergétique, comme pourront le faire d’autres pays en Europe et en Asie.

Mathias Bienstman de l’organisation environnementale flamande Bond Beter Leefmilieu se dit "choqué" par la décision américaine. "Le discours de Trump était nettement plus agressif et plus paranoïaque que l’on n’aurait jamais pu imaginer venant d’un président américain".

Selon Bienstman, l’accord de Paris n’est cependant pas encore rompu. "Nous devons tendre la main aux états américains, comme la Californie, qui veulent bien s’en tenir aux accords".