Pourquoi Paul Magnette refuse-t-il de s’exprimer à la VRT ?

Depuis 5 ans, le ministre-président de la région wallonne Paul Magnette (PS) refuse toutes les demandes d’interviews de l’émission "Terzake". Notre collègue Pieterjan De Smedt ne comprend pas son attitude et lui adresse dès lors ce vendredi une lettre ouverte.

Pieterjan De Smedt est reporter politique à l'émission "Terzake"

Cher monsieur Magnette,

Cette semaine nous vous attendions dans le célèbre couloir qui sépare la RTBF et la VRT (au boulevard Reyers). Une passerelle édifiée dans les années 60 et qui est la ligne de séparation entre les deux chaînes publiques de ce pays.

Vous vous rendiez dans les studios de la RTBF mais vous n’avez pas voulu traverser le couloir pour vous rendre dans le studio de l'émission Terzake. Nous n’avons pas eu d’autre choix que de vous interviewer rapidement en marchant. Très vite, il y a eu des réactions sur Twitter : "L’interview de Magnette aura durée 300 mètres".

Monsieur Magnette, nous ne comprenons pas. Peut-être avez-vous actuellement d’autres préoccupations mais vous refusez systématiquement de vous rendre dans notre studio.

Notre service d’archives a retrouvé la trace de votre dernier passage et c’était en 2012, c’était encore notre ancien décor (photo).

D’innombrables fois nous avons appelé votre porte-parole. Dans le meilleur des cas sa réponse était "désolé" (en français dans le texte) mais souvent il n’y avait même pas de réponse.

Nous comprenons très bien que les hommes politiques soient très occupés mais depuis toutes ces années un passage en studio aurait tout de même été possible ?

N’avez-vous donc jamais de temps à nous consacrer ? Parfois pourtant lors de l’affaire du CETA nous avons pu venir vous rencontrer. Mais vous n’êtes pas venu dans notre studio.

Même à l’étranger votre attitude a fait froncer les sourcils. Je cite un Tweet du journaliste néerlandais Jaap Jansen (qui est suivi par 60.000 personnes) : "Dans le bâtiment de la radio-télévision publique en Belgique il y a une ligne qui marque la frontière entre Néerlandophones et les Francophones. Certains hommes politiques refusent de la franchir".

Mais vous n’êtes pas le seul. Quand avons-nous eu la chance d’avoir madame Onkelinx (qui a été durant des années ministre fédéral) dans nos studios ? Même monsieur Vervoort (ministre-président de la région bilingue de Bruxelles-capitale) ne veut pas franchir le couloir.

Idem pour monsieur Mayeur (ex-bourgmestre de la capitale bilingue). Nous n’avons pas eu beaucoup plus de chance avec son successeur monsieur Close. Il avait accepté une seule fois avant de se rétracter. Depuis sa porte-parole ne répond même plus à nos appels. Pourtant monsieur Close répond à de nombreuses sollicitations des médias francophones.

L’ancien Premier-ministre Elio Di Rupo est le seul sur lequel nous avons pu compter pour une interview en direct. Il l’a fait de temps en temps mais c’est devenu de plus en plus rare. Mais ses porte-paroles répondent au moins au téléphone.

Ce qui est assez paradoxal c’est que votre parti plaide pour le maintien de la Belgique. Pourquoi alors consacrer si peu d’efforts aux Néerlandophones ?

On pourrait croire que mes collègues francophones rencontrent aussi des difficultés à inviter des hommes politiques flamands. Pourtant le nationaliste flamand Jan Jambon (N-VA) a pris le temps de répondre aux questions d’auditeurs francophones lors d’une émission en direct. Ce qui a fait grimper sa popularité en Belgique francophone.

Peut-être en avez-vous assez de répondre aux critiques vis-à-vis du PS ?

Mais le fait de vous taire n’arrangera rien. Peut-être pensez-vous que le niveau de votre néerlandais n’est plus assez bon ? Nous en doutons vraiment, mais vous savez que le cas échéant nous pouvons même vous interviewer en français avec des sous-titres en direct.

Votre collègue Benoît Lutgen du CDH l’a d’ailleurs fait au début de la semaine. Il est en effet le président d’un parti francophone et pas ministre fédéral. 

A Terzake nous aimerions beaucoup pouvoir vous interviewer car nous tenons à diffuser toutes les opinions et toutes les tendances, que ce soit au niveau international ou national. Car en politique tout est lié.

Vous n’êtes pas obligé de réagir à cette lettre. Il vous suffit de passer chez nous la prochaine fois que vous rendrez à la RTBF. En effet leur émission est diffusée à 19h30 et la nôtre à 20 h. Et les deux studios ne sont distants que d’une minute de marche. Vous êtes le bienvenu !