"Il suffit de vouloir regarder au-delà de la différence"

C’est un discours résolument optimiste qu’a prononcé le roi Philippe en cette veille de Fête nationale. Il a appelé la population à se concentrer sur ce qui nous rassemble et pas sur ce qui nous divise. Le souverain est persuadé que nous pouvons tous tirer les bénéfices de la nouvelle dynamique qui semble s’amorcer en Europe.
YVES HERMAN

"Aujourd’hui, un vent d’optimisme souffle sur notre économie et sur le marché de l’emploi" débute le souverain. "Une nouvelle dynamique européenne semble prendre forme. Alors comment saisir ce moment ?"

Une question directe à laquelle le roi apporte immédiatement la réponse. "En apprenant des autres et avec les autres. En continuant à façonner une société inclusive, dans laquelle personne ne se sent abandonné".

L’an dernier dans son discours, le roi avait mis l’accent sur le chagrin de la Belgique après les attentats de Zaventem et du métro Maelbeek et la crise au sein de l’Union européenne. A présent le roi estime qu’il y a une opportunité à saisir. Fini le pessimisme face au Brexit, avec Emmanuel Macron à l’Elysée en France, l’accent est à nouveau mis sur l’unité au sein de l’Europe.

"Nous pouvons apprendre par l’échange de nos expériences", ajoute le roi. "Lors d’un récent voyage en Suisse, j’ai pu apprécier les succès engrangés par le modèle de formation en alternance. Continuons à favoriser les synergies entre le monde de l’enseignement et celui des entreprises. Nous insufflerons un plus grand dynamisme sur le marché du travail. Et nous créerons plus d’égalité des chances". La Belgique peut apprendre de nombreuses choses du système helvétique.

"J’ai beaucoup appris"

Le roi aussi a appris des autres et avec les autres. Le souverain s’est ainsi rendu il y a un mois et demi dans une famille belge musulmane lors d’un repas de rupture du jeûne durant le ramadan.

"J’ai été impressionné par la manière dont chacun des membres de cette famille s’implique dans la société" déclare le roi. Mais la soirée s’est terminée en beauté. "En sortant de chez eux, tard le soir, j’ai été accueilli par leurs voisins. Ils m’ont offert une bouteille de vin et m’ont dit à quel point ils étaient heureux de vivre dans ce quartier. J’étais fier de voir coexister chez nous, côte à côte, ces deux manières simples et vraies d’exprimer l’hospitalité.

Le roi Philippe reconnaît toutefois que toutes nos rues ne sont pas comme celle-là. "Mais bien plus que nous le croyons", ajoute le souverain "une communion de valeurs au-delà des différences est possible". Malgré nos différences il y a des valeurs universelles. On s’en rend compte au contact des autres. "Vous découvrirez que vous partagez les mêmes interrogations, les mêmes doutes, les mêmes espoirs, les mêmes rêves que vos voisins. Eux aussi sont soucieux du bien-être de leurs enfants, de la qualité de leur travail, du bon accueil de leurs malades ou de leurs aînés."

Le roi est "persuadé que nous pouvons tous tirer les bénéfices de la nouvelle dynamique qui semble s’amorcer. Nous le ferons en voulant apprendre, tous les jours, de ceux qui nous précèdent, de ceux qui nous suivent, de nos voisins, de ceux que nous croyons parfois si différents. Il suffit de vouloir regarder au-delà de la différence".

Et le roi de conclure son discours en souhaitant à tous au nom de la reine et en son nom "une belle Fête Nationale".

 

Discours de S.M. le Roi à l’occasion de la Fête Nationale, le 21 juillet 2017

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, un vent d’optimisme souffle sur notre économie et sur le marché de l’emploi. Une nouvelle dynamique européenne semble prendre forme. Alors comment saisir ce moment ? Comment en faire une opportunité pour l’ensemble de la société ? En continuant à façonner une société inclusive, dans laquelle personne ne se sent abandonné.

Apprendre, au sens large, est une des clés pour y parvenir. Apprendre des autres et avec les autres.

A l’âge du savoir immédiat et omniprésent, apprendre à interpréter les faits et à émettre un jugement de valeur, permet de prendre ses responsabilités en connaissance de cause. ‘C’est vrai’. ‘C’est juste’. ‘C’est bien’ … Les jeunes apprennent cela en premier lieu de leurs parents. Et aussi de ces enseignants passionnés, qui éveillent chez leurs élèves le désir de comprendre. Dans un monde qui évolue à un rythme accéléré, ils apprennent de leurs aînés comment prendre du recul. Les aînés peuvent aussi apprendre des plus jeunes. Encourageons la rencontre de l’enthousiasme et de la créativité avec la sagesse et l’expérience de vie.

Le travail également est un lieu qui permet cette rencontre. De plus en plus d’écoles en Belgique intègrent le travail en entreprise dans leur programme. Lors d’un récent voyage en Suisse, j’ai pu apprécier les succès engrangés par ce modèle de formation en alternance. Continuons à favoriser les synergies entre le monde de l’enseignement et celui des entreprises. Nous insufflerons un plus grand dynamisme sur le marché du travail. Et nous créerons plus d’égalité des chances.

Enfin, aller à la rencontre d’une autre culture est aussi une occasion de s’enrichir mutuellement. Il y a un mois et demi, je suis allé fêter la rupture du jeûne dans une famille belge musulmane. J’ai été impressionné par la manière dont chacun des membres de cette famille s’implique dans la société. J’ai beaucoup appris sur le sens qu’ils donnent au jeûne et à ce moment de retrouvailles. En sortant de chez eux, tard le soir, j’ai été accueilli par leurs voisins. Ils m’ont offert une bouteille de vin et m’ont dit à quel point ils étaient heureux de vivre dans ce quartier. J’étais fier de voir coexister chez nous, côte à côte, ces deux manières simples et vraies d’exprimer l’hospitalité.

Toutes nos rues ne sont pas comme celle-là. Mais cet exemple nous montre qu’il y a dans notre pays, bien plus que nous le croyons parfois, une communion de valeurs au-delà des différences. Cherchez à apprendre au contact des autres et avec les autres. Vous découvrirez que vous partagez les mêmes interrogations, les mêmes doutes, les mêmes espoirs, les mêmes rêves que vos voisins. Eux aussi sont soucieux du bien-être de leurs enfants, de la qualité de leur travail, du bon accueil de leurs malades ou de leurs aînés. Apprenons également à nos enfants à porter ce regard-là sur le monde. Le bien-être et le bonheur, que nous recherchons tous, n’ont de valeur que s’ils sont réellement partagés.

La Reine et moi constatons tous les jours ce que signifie l’enrichissement mutuel dans les innombrables initiatives de solidarité et d’entraide. Que ce soit dans l’accueil des sans-abris, l’aide aux handicapés, ou plus largement dans toute forme de soutien aux plus vulnérables d’entre nous. De telles initiatives sont de véritables perles pour notre société. Elles nous dévoilent la richesse cachée des plus fragiles.

Mesdames et Messieurs,

Je suis persuadé que nous pouvons tous tirer les bénéfices de la nouvelle dynamique qui semble s’amorcer. Nous le ferons en voulant apprendre, tous les jours, de ceux qui nous précèdent, de ceux qui nous suivent, de nos voisins, de ceux que nous croyons parfois si différents. Il suffit de vouloir regarder au-delà de la différence.

La Reine et moi vous souhaitons une belle Fête Nationale.