Lanaken : une rue perdra-t-elle le nom d’un collaborateur ?

Marino Keulen (photo), le bourgmestre de la commune limbourgeoise de Lanaken, veut modifier le nom d’une rue qui est celui d’un prêtre nationaliste flamand qui a collaboré avec l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. "Cyriel Verschaeve a participé à l’une des pages noires de notre histoire", déclarait Keulen dans l’émission "De Ochtend" de la VRT. Le débat a été relancé après que des émeutes aient secoué la ville américaine de Charlottesville à propos du retrait d’une statue du général confédéré Robert E. Lee.

La Cyriel Verschaevestraat existe depuis les années 1970, mais Marino Keulen veut mettre fin à cette situation. "Cet homme a été condamné à mort après la guerre, car il avait choisi l'Allemagne nazie. Il est impensable qu'une rue porte encore son nom en 2017", estime le bourgmestre de la ville limbourgeoise.

Le débat sur les noms de rues a été relancé en Flandre, et notamment à Lanaken et Dentergem (Flandre occidentale), après que des émeutes aient secoué la ville américaine de Charlottesville à propos du retrait d'une statue du général confédéré Robert E. Lee d'une place.

D'après Marino Keulen, le choix de nommer une rue d'après Cyriel Verschaeve (photo) dans les années 1970 était une erreur. "Je pense qu'à l'époque des gens connaissaient encore l'histoire du prêtre lors de la Première Guerre mondiale. Il soutenait alors les soldats flamands au front", explique le bourgmestre. Mais nommer une rue d'après cet homme était clairement "une mauvaise décision". "Il n'y a finalement rien de positif à dire sur lui, surtout lorsqu'on voit le rôle qu'il a joué lors de la Seconde Guerre mondiale", insiste le libéral flamand.

Ce dernier entend s'entretenir du sujet avec les habitants de la rue, avant d'entamer des démarches. Un changement pourrait intervenir dans les deux ans.

Débat plus large ?

Des rues baptisées d'après Cyriel Verschaeve existent également à Breendonk, Marke, Zoersel et Capelle-au-Bois. A Breendonk, où se trouve le Mémorial abritant les cendres des morts dans les camps de concentration nazis, la question d'une nouvelle dénomination a été posée aux habitants de la rue qui, à une très large majorité, n'en ont pas voulu. Le bourgmestre a estimé qu'il devait clore le dossier.

Le nom de Cyriel Verschaeve n'est pas le seul mis en cause. A Dentergem, le nom de la rue Joris Van Severen (donné en 1981), pose également question, mais le bourgmestre Koenraad Degroote (N-VA, photo) affirme qu’il n’a jamais été critiqué par la population. Van Severen est surtout connu comme fondateur de Verdinaso (1931-41), un mouvement proche du fascisme.

Dans le quotidien De Morgen, l'historien et recteur de l'Université d'Anvers, Herman Van Goethem, a appelé à un débat national sur les monuments. Sur les réseaux sociaux, la question de la statue du général Lee à Charlottesville a également réveillé la mémoire coloniale. La Belgique ne manque pas d'inscriptions et de monuments rappelant cet épisode de l'histoire nationale, tumultueux et souvent sanguinaire.

Nicolas Maeterlinck