La discrimination n'est pas toujours là où on le croit

Les vendeuses font beaucoup plus d’efforts pour des clients autochtones que pour des clients d’origine étrangère. C’est ce que révèle une étude d’une sociologue de la VUB réalisée grâce à 600 tests dans des magasins à Bruxelles et en Flandre. L’information est révélée par l’hebdomadaire Knack.

L’an dernier, la sociologue Dounia Bourabain (VUB) a réalisé pour son mémoire de master, 602 tests dans 301 magasins de vêtements, à Bruxelles, Malines, Anvers et Louvain.

La sociologue - qui a utilisé les services de 44 volontaires - voulait vérifier si les clients d’origine maghrébine étaient traités différemment des Belges, mais aussi s’il y avait une différence de traitement entre les hommes et les femmes.

Une personne-test entrait d’abord dans le magasin, faisait un tour et demandait à la vendeuse s'il y avait un vêtement d’une autre taille. Un peu plus tard, une autre personne entrait dans la boutique et faisait de même. Une seule chose les différenciait l’origine ethnique et le sexe.

Les hommes maghrébins traités différemment

Ce test a révélé que ce sont surtout les hommes d’origine maghrébine qui sont traités différemment des autres.

Lorsqu’un homme d’origine étrangère demande de l’aide, dans 25% des cas, la vendeuse ne se déplace même pas et lui répond qu’elle n’a sans doute plus sa taille.

Mais lorsqu’un autochtone fait la même demande, une demi-heure plus tard, elle se déplace vers le rayon et le cas échéant se rend dans la réserve pour vérifier s’il n’ y a pas la taille demandée.

A noter que la discrimination diminue lorsque les prix augmentent. Dans les magasins les plus chers les vendeuses s’occupent plus des clients maghrébins, même si ceux-ci sont dévisagés et surveillés. "Cela s’explique par la peur des vols", déclare Dounia Bourabain. "Elles pensent sans doute que le risque de vol est plus élevé chez les personnes d’origine étrangère et surtout chez les hommes. C’est donc un double préjugés".

Plus d’efforts consentis pour des clientes autochtones

En ce qui concerne les femmes, la différence de traitement entre autochtone et personne d’origine étrangère est un peu moins marquée. La sociologue a calculé que le taux de discrimination était tout de même de 10%.

A souligner que les vendeuses se donnent plus de mal pour les clientes autochtones que pour les maghrébines. Lorsqu’une cliente belge ne trouve pas sa taille, la vendeuse lui propose une alternative voire lui propose de commander le vêtement à sa taille, ce qui n’est pas le cas avec les clientes d’origine étrangère.

Dans son travail, Dounia Bourabain a voulu montrer que la discrimination se cachait dans des tas d’activités banales quotidiennes. "La discrimination à l’embauche ou en matière de logement est bien connue, mais cela va donc beaucoup plus loin".