A l’ONU, Charles Michel prône le multilatéralisme

Dans son discours à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Premier ministre belge a souligné vendredi l’importance du multilatéralisme pour faire face aux défis internationaux actuels. Son intervention tranchait avec celle du président américain Donald Trump en début de semaine, aux accents souverainistes. Charles Michel s’est aussi entretenu à New York avec Joseph Kabila, le président de la République démocratique du Congo.

A New York, Charles Michel a abordé d’entrée de jeu la thématique environnementale et est revenu sur les catastrophes naturelles qui se sont abattues ces dernières semaines sur les Caraïbes et le Mexique. "Ces drames résonnent comme un coup de semonce. Le rappel de l'extrême urgence à agir, tous ensemble, contre le réchauffement climatique", a affirmé le Premier ministre, avant d'insister sur le devoir de léguer aux générations futures "une planète vivable et respirable, forte de sa diversité biologique" .

Le chef du gouvernement belge a ensuite plaidé pour le respect des libertés fondamentales et de l'Etat de droit sur l'ensemble de la planète. "Nous voulons un monde meilleur. Combattre sans relâche les injustices, les inégalités et toutes les formes de discrimination, qu'elles soient fondées sur la religion, la culture, la couleur de la peau ou encore les orientations sexuelles".

"Il s'agit, grâce au dialogue constant et inlassable, de défendre sans aucune complaisance les valeurs universelles. Pour chaque être humain. D'où qu'il vienne et où qu'il aille. Jamais et nulle part la rupture diplomatique n'a fait progresser les valeurs universelles. Rompre le dialogue c'est un acte lâche d'abandon de ceux qui se battent dans le pays pour plus de liberté", a poursuivi le Premier ministre.

Charles Michel a également insisté sur l'importance de la coopération internationale et du dialogue pour "un monde plus sûr". "Aucun continent n'échappe au fléau du terrorisme. Nourrir la haine, inoculer le poison de la division, voilà l'objectif macabre des terroristes" (…) "Il est nécessaire de remporter la bataille pour les valeurs universelles".

Un discours loin de celui de Trump

Le Premier ministre belge est aussi revenu spécifiquement sur les tensions avec la Corée du Nord et la République islamique sur le nucléaire. "L'accord conclu après plusieurs années de négociation avec l'Iran sur la question nucléaire doit être préservé et mis en œuvre. Mon pays a de nombreuses divergences substantielles avec l'Iran. Et cependant, cet accord offre un canal de dialogue pour faire baisser les tensions et reculer le niveau de menace", a-t-il pointé. "Balayer un tel accord d'un revers de la main, sans proposer aucune alternative, ne nous parait ni sage, ni souhaitable", a ajouté Michel, alors que le président américain Donald Trump menace de sortir son pays de cet accord.

En ce qui concerne Pyongyang, Charles Michel a estimé qu'il ne suffisait pas de dénoncer un "régime autocratique et provocateur". Il a appelé à une mobilisation internationale "pour tisser les fils du dialogue, en impliquant le sens des responsabilités d'acteurs tels que la Chine ou la Russie".

Pour répondre aux nombreux défis, le Premier ministre a ensuite longuement vanté les mérites du multilatéralisme. "Nous devons respecter nos indépendances. Nous devons aussi reconnaitre notre interdépendance et affirmer les vertus de l'action concertée. Nous devons bâtir le consensus dans lequel toutes les nations, grandes ou petites, ont leur rôle à jouer et donc leur mot à dire", a estimé Charles Michel.

A la fin de son intervention, il est aussi revenu sur la situation dans la Région des Grands Lacs, en appelant à un renforcement de la "concertation internationale et régionale". "À l'heure où le débat sur le coût des opérations de maintien de la paix est entamé, nous ne pouvons pas abandonner la République démocratique du Congo. Nous devons au contraire l'accompagner pour qu'elle puisse s'ancrer dans un processus démocratique irréversible au moyen notamment de l'organisation d'élections honnêtes, transparentes et inclusives", a pointé Michel.

Le Premier ministre a enfin souligné que la Belgique était "une terre de compromis" et que c'était dans cet esprit qu'elle était candidate pour un siège non-permanent au conseil de sécurité en 2019-2020.

Tête-à-tête avec Joseph Kabila

Charles Michel s'est entretenu vendredi à New York avec le président de la République démocratique du Congo (RDC), mais peu d'informations ont filtré sur le contenu des discussions. La rencontre a été "instructive et utile", indiquait l'entourage du Premier ministre belge. Ce dernier n'a toutefois fait aucune déclaration à la presse à la sortie de son entrevue en tête-à-tête avec le dirigeant congolais.

Le doute a longtemps plané durant la semaine quant à la venue à New York de Joseph Kabila (photo archives) pour l'Assemblée générale des Nations Unies. Alors qu'il devait en théorie rencontrer Charles Michel en compagnie du ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, le président Kabila aurait exprimé le souhait de s'entretenir en direct avec le Premier ministre.

La rencontre, qui a duré près d'une heure et quart, s'est tenue dans un palace new yorkais. Après celle-ci, Charles Michel s'est directement mis en route pour l'aéroport afin de rejoindre la Belgique. Plus tôt dans la semaine, Didier Reynders avait rencontré le ministre des Affaires étrangères congolais, Leonard She Okitundu, qui lui a garanti qu'un calendrier électoral serait publié de manière imminente en RDC.

AP2013