"La franc-maçonnerie n'a pas l'influence qu'on lui prête"

Cela revient comme un leitmotiv : l’idée que les loges maçonniques jouent un rôle en coulisse dans une nomination ou une élection. Ce fut encore le cas récemment lors de l’élection du nouveau recteur de l’université de Gand (UGent). Beaucoup de mystère entoure encore toujours cette organisation. Mais quel est réellement l’impact de la franc-maçonnerie ? La VRT a interrogé l’historien de la VUB Jimmy Koppen.

"Oui je suis membre d’une loge", a répondu le nouveau recteur de l’UGent, Rik Van de Walle (photo), mardi soir lors de l’émission "De afspraak" sur Canvas (VRT). Il ajoutait immédiatement que, selon lui, "cela n’avait pas eu d’influence sur son élection".

On avait pourtant beaucoup spéculé ces derniers mois sur le fait que des loges maçonniques avaient pesé de tout leur poids sur sa nomination pour avoir enfin un libre penseur à la tête de l’université de Gand.

"Cette théorie du complot revient souvent" a expliqué à la VRT l’historien de la VUB Jimmy Koppen, auteur du livre "De paradox van de vrijmetselarij" (Le paradoxe de la franc-maçonnerie), qui n’est lui-même pas membre d’une loge.

"Ce thème a été mentionné au début de la campagne électorale pour l’élection du nouveau recteur, or ce n’était pas vraiment pertinent. Mais parce que l’idée simpliste selon laquelle – les loges ont du pouvoir et conçoivent des tas de plans – se propage rapidement , vous en arrivez à une situation que vous ne pouvez plus arrêter. Mais si les loges avaient eu autant de pouvoir, il n’aurait pas fallu neuf tours de scrutin pour que Rik Van de Walle soit élu. On aurait modifié le règlement, or on ne l’a pas fait"

"Ce qui est particulier à l’université de Gand c’est que la direction est pluraliste. Cela signifie que l’on recherche un équilibre entre des libres penseurs et des catholiques, ce n’est pas le cas dans les autres universités" ajoute Jimmy Koppen.

Comment évaluer l’influence des loges maçonniques ?

"Elle est inexistante, il n’y a aucune influence des loges. Ceux qui croient cela, sont souvent ceux qui ne font pas partie de la maçonnerie et qui lui attribuent, à tort, un grand pouvoir. Et puis il y a tous ceux qui affirment que c’est une organisation secrète qui compte en ses rangs des gens connus et importants qui manigancent des tas de choses", ajoute encore Jimmy Koppen.

Mais qu’est-ce que la franc-maçonnerie et de quoi s’occupe-t-elle ?

"Il y a différents courants au sein de la franc-maçonnerie. Il s’agit d’une association qui initie ses nouveaux membres et qui organise régulièrement des réunions avec des rituels et de la symbolique. Cela crée un certain esprit de communauté entre les membres d’une loge, on y aborde des questions intellectuelles et philosophiques".

"On y parle de tout, d’art, de culture ou de sujets de société, toutes les opinions y sont acceptées à partir du moment où elles sont le fruit d’une réflexion. Toutefois les débats politiques ou religieux n’y ont pas leur place. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif de la franc-maçonnerie. L’idée pour les participants qui écoutent une conférence est de mettre différentes idées les unes à côté des autres et d'en extraire une sorte de synthèse".

"Ce sont des associations avec leur propre conseil d'administration, leur propre agenda et leur propre règlement. Les loges ou les ateliers sont presque toujours reliés à une obédience, par exemple "Le Grand Orient" ou "Le Droit Humain". Ces obédiences ont chacune leurs spécificités, certaines autorisent les femmes, par exemple, d'autres non".

Une organisation qui a 300 ans d'existence

"On estime qu’il y a 26.000 francs-maçons en Belgique. C’est beaucoup par rapport à d’autres pays. Ce nombre est en augmentation depuis plusieurs années même si la moyenne d’âge est assez élevée.

La force de cette organisation est qu'elle a une tradition dont l'histoire remonte à 300 ans et dont les principes sont en place depuis 300 ans. Cela attire les gens: vous faites partie d'une société séculaire, vous y réfléchissez et vous rencontrez des gens que vous ne croiseriez jamais autrement. Et après la réunion vous pouvez manger ou boire quelque chose, car cela fait aussi partie de la maçonnerie : le facteur de convivialité.

Le fait d’être membre d’une loge peut aussi être une sorte de substitut pour une expérience religieuse, spirituelle dans le sens originel de vivre des choses ensemble. C'est une attraction importante. Dans d'autres pays, où la spiritualité en franc-maçonnerie est moins importante, on voit le nombre de membres diminuer, contrairement à ce qui se passe dans nos propres pays".