La presse belge condamne la violence en Catalogne

Le référendum en Catalogne, remporté à 90% dimanche par les séparatistes selon les autorités de la communauté autonome, a engendré d'autres victimes collatérales que celles brutalisées par la police espagnole: la démocratie et l'Europe, s'accordent à penser les éditorialistes belges lundi, au lendemain du scrutin. Tous dénoncent le recours à la "force indigne" par le gouvernement de Mariano Rajoy, perdant "borné" du scrutin qui "pourrait ne pas survivre".

"Qui a vu les images d'hier, aurait cru à une dictature sud-américaine dans les années ‘70. Mais c'est bien l'Espagne en 2017", observe aussi avec effroi la rédactrice en chef de la Gazet van Antwerpen, Kris Vanmarsenille.

"Chaque coup de matraque de la police a rendu le fossé encore plus infranchissable", note Bart Eeckhout, le rédacteur en chef de De Morgen.

Les éditorialistes Jean Vanempten dans De Tijd et Luc Van der Kelen dans Het Laatste Nieuws dénoncent le silence européen au sujet des évènements en Espagne, et apprécient le commentaire du Premier ministre belge, Charles Michel, seul à condamner les scènes de violence dans un appel au dialogue politique.

Une sortie à succès (16.000 retweets, ndlr) "brisant l'omerta", mais que "certains mettront sur le compte de l'obligation de faire un geste envers les indépendantistes flamands qui constituent le poids lourd de sa majorité", relève encore M. Kuczkiewicz dans Le Soir.

Rares sont en revanche les parallèles réalisés avec les aspirations séparatistes flamandes dans les éditos de l'autre côté de la frontière linguistique. Seul Bart Brinckman dans De Standaard estime que le gouvernement espagnol doit "avoir de la compréhension face aux aspirations catalanes à l'autonomie voire à l'indépendance", mais que "les Catalans doivent aussi réaliser que le séparatisme ne se fait pas sur commande".

"Triste journée pour la Catalogne, l'Espagne et l'Europe", écrit Jurek Kuczkiewicz dans Le Soir, que celle de ce dimanche ensanglanté dans la péninsule ibérique.

Il déplore l'"aventurisme" des leaders catalans qui ont organisé ce référendum sur l'indépendance de la région - interdit par Madrid - et regrette que le Premier ministre espagnol soit "tombé dans le panneau des séparatistes". "Victime de sa propre posture bornée, Mariano Rajoy a fait échouer à son pays le test démocratique le plus critique depuis 1981."

C'est à ses yeux aussi "l'Europe qui est perdante". "Elle est belle, la démocratie européenne telle que l'ont mise en scène les dirigeants espagnols et catalans. Et telle que n'ont pas voulu l'influencer, même pas la commenter ! , les dirigeants européens et de l'UE."

Dans La Libre Belgique, Hubert Leclercq, fait le même constat au lendemain du scrutin. "Le Premier ministre espagnol, déjà en sursis politiquement, pourrait ne pas survivre à ce dimanche et à cette image, terrible, de cette dame d'un certain âge, les cheveux blancs maculés d'un épais filet de sang". C'est, selon l'éditorialiste, "toute l'Espagne qui a perdu. Une certaine image de l'Europe, aussi".

Dans La Dernière Heure, Alexis Carantonis fustige lundi "des méthodes dictatoriales que personne ne veut voir en Europe", importées par le gouvernement espagnol. "Hier, un homme a perdu: Mariano Rajoy. Un concept, aussi: la démocratie", conclut-il encore.

Philippe Martin dans L'Avenir, critique aussi Madrid pour son recours à la "force indigne", alors que plus de 90 personnes ont été blessées dans les interventions policières. "En Catalogne, l'irréparable a été commis, nous donnant à voir des images que l'on n'avait plus vues depuis plus de vingt ans en Europe et qui rappellent les heures sombres de l'Espagne franquiste".

"Pour l'opinion publique, même bien au-delà des frontières régionales, le gouvernement de Mariano Rajoy restera celui qui a opposé la violence des armes à l'expression démocratique des bulletins de vote", résume-t-il.